Le duo formé par Rachel Zeffira et le Horrors Faris Badwan est probablement l’un des plus surprenants et excitants de ces dernières années. Après une incursion dans le monde du cinéma avec la bande originale de The Duke Of Burgundy, les acolytes sont de retour avec un très beau deuxième LP pop, Treasure House, sorti le 3 juin.

Il y a quelques semaines, alors qu’ils s’apprêtaient à faire du bruit avec leur dernier coup de folie (une performance improvisée à Buckingham Palace à découvrir ci-dessous), nous avons eu l’opportunité de passer quelques instants avec eux pour leur poser nos questions.

Bonjour Rachel, bonjour Faris ! On a dit beaucoup de choses à propos de votre musique, votre rencontre ou encore vos influences. De votre côté avec des mots simples, comment vous décririez la musique de Cat’s Eyes ?

Rachel : En ce qui me concerne, j’imagine que si je devais nous décrire, je dirais que nous sommes des opposés musicaux et que ce que l’on fait est un mélange de musique classique, acoustique et orchestrale, ce qui est plutôt ma partie, à savoir orchestrer et arranger, et de distorsion, de sons de synthés et de différentes influences musicales. Cat’s Eyes est la rencontre de ces deux aspects. Que ce soit quand Faris manipule les éléments orchestraux ou lorsqu’on fait quelque combinaison que ce soit des deux aspects… Je pense que notre musique est la rencontre de deux mondes musicaux.

Faris : Pour ma part, même si je suis assez d’accord avec cette définition, je pense qu’il n’y a pas vraiment d’intérêt à décrire sa propre musique parce que chacun y perçoit quelque chose de différent. Il faut un point de repère, j’imagine, mais je ne vois pas vraiment l’intérêt.

R: Oui, je ne pense pas qu’on ai déjà été d’accord avec quoi que ce soit qu’on ai pu dire de notre musique.

F: On devrait sûrement poser cette question à quelqu’un qui déteste notre musique parce qu’il aurait sûrement une idée plus exacte… Je veux dire, tes ennemis savent probablement mieux qui tu es que tes amis.

R: Oui, c’est vrai.

On fera ça ! A propos de votre nouvel album : même si on reconnaît votre son, il y a comme un changement radical d’ambiance dans Treasure House. En quoi diriez-vous qu’il est différent du premier album?

F : Eh bien, les choses ont pas mal changé. On a passé quatre ans à bosser sur cet album. Je pense qu’on a probablement commencé à triturer un peu plus les chansons et leur structure.

R : Le son a grandi, c’est un album plus adulte.

F : C’est un peu comme si le groupe était devenu plus « lui-même ». On a été plus précis vis-à-vis de ce qu’on voulait et je ne sais pas… C’est juste naturel.

R : Oui, en effet, c’est juste qu’on a évolué, et je pense… Eh bien, en fait, quelle différence as-tu perçue?

Eh bien, pour moi, il sonne plus léger… peut-être plus « pop ».

R : Ah oui, vraiment? Ah, c’est intéressant.

F : Oui, intéressant… Je dirais qu’on a une plus grande impression d’espace, peut-être.

R : Oui.

C’est plus aérien…

R : Oui, je pense que tu as raison, c’est un album un peu plus léger.

F : Peut-être que cet album s’inspire plus de nos personnalités. Parce que… Je pense que le premier album le faisait aussi, mais avec le temps, notre travail s’est plus recentré sur nous. Oui, il est plus question de nous, j’imagine, plutôt que de musique en général… Ce que j’entends par là, c’est qu’à la base, on était à fond dans les préoccupations musicales et c’est vraiment comme ça que ça a commencé avec le premier album, qui était presque une parodie de musique des années 60. Alors que pour celui-ci, on n’a pas trop écouté d’autres groupes, en fait. On a plus ou moins arrêté d’écouter de la musique pendant un petit moment parce que ce n’était pas vraiment nécessaire. On savait qu’on voulait explorer un peu toutes les pistes à partir du premier album et voilà.

Comme vous l’évoquiez, il s’est passé beaucoup de choses entre les deux albums et vous avez tous les deux eu des projets de votre côté : il y a eu un nouvel album de The Horrors, le premier album solo de Rachel et puis la B.O de The Duke Of Burgundy. Est-ce que vous avez le sentiment que ces projets ont plus ou moins influencé la façon dont vous avez travaillé pour Treasure House ?

F : Je dirais tout le contraire, en fait.

R : Et puis, cet album, nous avons commencé à l’écrire et l’enregistrer avant les autres projets.

F : Même avant d’avoir fini le premier album de Cat’s Eyes, on avait commencé à bosser dessus.

R : Et puis on a arrêté le temps de travailler sur la B.O.

F : On a arrêté pendant un an, pendant l’enregistrement de la B.O.

R : Voire plus. La B.O était un projet tellement différent. Et il n’a pas débordé sur l’album, tout comme l’album n’a pas empiété sur la bande originale… C’est une approche et une façon d’écrire totalement différentes avec la direction donnée par, tu sais… les images et les personnages et puis le réalisateur. Oui, je pense que parce que l’écriture a été très étalée dans le temps aucun de nos autres projets n’a vraiment influencé l’album. Et puis je pense qu’on s’échappe en quelque sorte dans notre propre monde quand on travaille sur un album. Rien n’empiète vraiment.

F : Oui, on n’est pas vraiment du genre à s’assoir pour écouter des chansons ou quoi que ce soit.

R : On ne cherche pas vraiment d’idées, on écrit juste.

F : On n’essaie pas de reproduire quelque chose qu’on a entendu quelqu’un d’autre faire. On est plutôt du genre à se dire « on aimerait explorer cette idée, ça sonnerait bien ». A essayer ci ou ça avec cet instrument, etc. En général, il y a à peu près dix versions différentes de chaque chanson et puis on en choisit une.

De manière plus générale, vous avez tous les deux exercé beaucoup d’activités artistiques différentes par le passé. Est-ce que ces activités influencent la façon dont vous travaillez ensemble et les décisions que vous avez prises quand vous cherchiez le son de Cat’s Eyes?

R : En fait, le fait qu’on soit si différents musicalement marche très bien, le fait qu’à chaque fois qu’il faut prendre une décision c’est généralement concernant un aspect que l’un de nous deux maîtrise le mieux. Tu sais, ça peut être une question de goût, comme Faris qui n’aime pas le son d’une production ou le delay qu’il y a sur la voix ou quelque chose comme ça et en ce qui me concerne, cela touchera plutôt au choix des accords ou d’une ligne mélodique, à quelque chose de plus structurel. Je pense que ça marche bien, on ne s’est jamais fâchés. Tu sais, ça marche généralement bien parce qu’on a des forces et des faiblesses différentes.

F : Je pense que s’il y a une leçon que j’ai tirée de mes autres projets et intérêts, c’est que je ne veux pas faire de choses qui ne me plaisent pas. Par exemple, on n’a pas envie de faire de tournées à rallonge parce que je pense que si ça marche pour certains projets ce n’est pas le cas pour le nôtre. C’est comme quand les gens essaient de faire cohabiter tous les groupes possibles et imaginables sur les mêmes plateformes ou dans les mêmes événements formatés…je pense que ce n’est juste pas comme ça que les choses marchent.

R : Même pour la promotion, etc. tout le monde fait la même chose. Ils écrivent un album et puis pendant trois mois, ils font campagne pour cet album et font tous exactement la même chose. Puis ils tournent tous dans les mêmes endroits et nous… nous, on ne fait pas notre musique pour ça.

F : Ce qui nous intéresse, c’est ce qu’il y a de mieux pour notre projet plutôt que d’essayer de s’adapter à quelque chose qui est mieux pour les autres.

Je voulais en savoir un peu plus sur la façon dont vous écrivez vos chansons et en particulier, comment vous avez travaillé ensemble sur ce second album.

F : On a tout fait.

R : C’est différent pour chaque chanson. Parfois, on s’assoit derrière le piano et parfois…je veux dire… par exemple (s’adressant à Faris), pour une des chansons, tu as écrit une ligne et moi…

F : On a commencé à travaillé dessus ensemble et puis elle a changé. Encore une fois, je crois qu’on a plus ou moins cette même réponse pour tout, mais même en ce qui concerne sa réalisation, la chanson décide presque à chaque fois. Parce qu’on va commencer à l’écrire et puis tout à coup, il deviendra clair que ça ne doit pas être à l’un ou à l’autre de nous de lui donner une direction, etc. Tu vois, par exemple, je vais chanter une chanson et puis, au final, il s’avèrera que la voix de Rachel sonne mieux dessus. On veut juste faire ce qu’il y a de mieux pour la chanson, à chaque fois.

R : Il se peut même qu’il s’agisse d’une chanson que j’ai écrite et qui parle de quelque chose de très personnel et puis c’est Faris qui finira par la chanter et lui donner un sens totalement différent. Oui, c’est la musique qui décide plus ou moins, la plupart du temps, je pense.

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Et est-ce que vous travaillez directement avec les orchestres par exemple, ou enregistrez-vous la musique séparément?

R: C’est principalement moi qui fais ça, la direction (d’orchestre), etc. J’aime vraiment faire ça.

Vous en avez parlé un peu tout à l’heure : vous avez même plus ou moins déjà répondu à ma question mais j’aurais voulu en savoir plus sur la façon dont vous travaillez sur vos albums pop qui est totalement différente de celle pour la B.O.

R : Oui, c’était vraiment complètement à part parce que… pour un album, tu écris… tu sais, c’est ton histoire, tes sentiments et tes émotions. Tu peux toujours utiliser tes émotions pour quelque chose comme une B.O parce que c’est une source… C’est ta source. Par exemple, s’il y a un personnage, dans le film, qui souffre, tu utilises ta source mais tu te mets à la place de quelqu’un d’autre plutôt qu’à la tienne. Et puis il y a tant de choses à avoir en tête. Tu sais, on nous a envoyé le script et il a fallu écrire des chansons pour les personnages et les thèmes et puis ensuite, on a reçu des photos du lieu de tournage et ça a tout chamboulé car on s’est dit « oh, c’est une maison sombre », puis on a vu les personnages. Tout influence la musique, on t’envoie des choses qui l’influencent. Et le réalisateur est un immense fan de musique et il en connaît un bout sur la musique donc il avait aussi des idées comme « j’aime vraiment le hautbois, pouvez-vous utiliser un hautbois? » etc. J’entends par là qu’il nous a donné une totale liberté de création mais il y avait tout de même des consignes parce que c’est un film et d’autres personnages et donc il faut que tes goûts collent avec ça. Alors que pour un album…c’est ton « lieu de tournage » et tes personnages et tu créés tout et personne d’autre n’est impliqué. Du coup, je ne pense pas du tout que les deux projets se soient entremêlés. La B.O, c’était comme un apprentissage, en fait.

F : Pour être honnête, je me suis senti vraiment chanceux qu’on puisse travailler sur un bon film pour notre première fois.

R: Oui, avec un très bon réalisateur avec qui il est facile de travailler.

F: Même le scenario est vraiment génial.

Il y a quelque chose de tout à fait fascinant avec les chansons de Cat’s Eyes, c’est leur façon d’être à la fois universelles (en parlant d’amour, etc.) et en même temps d’avoir une dimension très intime, comme si elles étaient une fenêtre sur vos propres vies, sur votre relation. Comment arrivez-vous à créer cette atmosphère ? Et est-ce quelque chose que vous ressentez et cherchez ?

R : Je parle toujours de ce type, le type qui a composé le Parrain, Nino Rota. J’ai étudié son travail il y a des années de ça et son mantra était qu’il était persuadé que la musique était connectée à l’âme ou au coeur et qu’il fallait qu’elle soit complètement honnête et authentique, qu’elle vienne d’une source émotionnelle véritable. Et peut-être que c’est ça, si notre musique est intime…qu’elle vient, en quelque sorte, des recoins d’un endroit authentique et que du coup, elle est totalement personnelle, quel que soit l’objet de la chanson, parce qu’elle vient directement de nous. (S’adressant à Faris) : qu’en penses-tu?

F : Je pense que je me sens toujours différent si je travaille sur quelque chose et que je ne me sens pas connecté. Je ne sais pas, je… je n’y prends juste pas de plaisir et ça peut même devenir difficile pour moi de finir le projet, dans ce cas-là.

R : Et du coup, je pense que les gens non plus. Ils sont déconnectés aussi.

F : Je veux dire, il faut que tu aies ce sentiment quand tu entends de la musique, sinon, ça devient juste ton métier. Où est l’intérêt de faire de la musique si tu ne connectes pas avec les gens?

R : Oui, c’est ça, l’intérêt.

F : Et je n’entends pas par là connecter avec des tonnes de gens, tu n’as pas besoin de connecter avec tout le monde. Parce que c’est quelque chose que chaque groupe di t: « on veut toucher le plus de gens possibles« . Mais il faut que tu connectes avec quelqu’un.

En fait, votre musique semble très sincère et je pense que c’est pour ça que les gens peuvent facilement connecter avec les chansons. A ce propos, je voulais vous parler du clip de « Drag » : vous avez dû vous éclater à le tourner ! Comment était-ce ? Il est très intense…

F : En réalité, c’était plus intense pendant le tournage, il y avait une ambiance…

R : Négative…

F : L’équipe de tournage était très silencieuse, tu sais, et…

R : Quand on regardait les rush, on se sentait mal et puis en fait, je ne sais pas…C’était marrant, non? Je pense que c’est marrant pour nous parce qu’on n’est pas réellement comme ça.

F : Oui, ça ne dépeint pas une situation réelle, c’est de la fiction, une déformation du sens de nos paroles et puis c’est une histoire sans victime, ce n’est pas comme si l’un de nous maltraitait l’autre, c’est une bataille à jeu égal qui est très intense. Tu vois de la violence partout.

R : Et les paroles sont pleines de spéculations, tu sais « if they knew what we do when we’re together, they would keep us apart » (« s’ils savaient ce qu’on fait quand on est ensemble, ils nous sépareraient« , NDLR) et du coup, tu te dis « mais que font-ils quand ils sont ensemble? » et puis en fait, on se tabasse…

F : C’est plus une sorte de fable réaliste sur les ragots et la façon dont les gens s’imaginent des choses sur les autres. Je crois que j’aime le fait que quand les gens regardent le clip, ils ne savent pas vraiment quoi ressentir. Tu sais, parfois, ils vont se dire « devrais-je être gêné par ça? Devrais-je être en colère? ». Je ne sais pas… Je sais que je viens juste de dire que j’aimais faire des choses avec lesquelles les gens peuvent connecter émotionnellement mais j’aime aussi faire des choses avec lesquelles les gens ne savent pas comment connecter et qui les plongent dans la confusion.

R : Oui, je pense que je les gens se disent qu’ils devraient être outrés.

Je pense que c’est effectivement dérangeant pour la simple et bonne raison qu’on ne sait pas quoi ressentir. Mais du coup, c’est aussi une forme de connexion…

R : Ceci dit, c’est marrant comme certaines personnes sont choquées par de la violence fictive et puis pour d’autres choses incomparables. Je veux dire, on voit des choses horribles aux infos, des décapitations… certains se sont tellement habitués…

F : Oui, tu verrais les journaux au Mexique, c’est juste fou les choses qu’ils ont dans leurs journaux, ils lisent des choses folles tous les jours.

R : Oui et puis tout à coup, quelque chose d’autre va se passer et ils seront totalement scandalisés. Je veux dire, c’était bizarre avec ce clip parce que peut-être que certains de nos amis l’ont trouvé amusant, vu qu’on n’est pas comme ça, et ont pensé « c’est ridicule » et puis d’autre n’ont même pas pu le regarder et nous ont dit « je ne peux pas regarder ta tête taper sur la table ». Et aucun de nos parents… ma mère et mon père, ils n’ont pas du tout aimé le regarder. Mais la mère de Faris nous a fait rire parce qu’au début, elle était énervée et puis au final, elle était super heureuse parce qu’on le voit passer le balais ! C’était très drôle.

F : « Oh Faris, c’est inhabituel de ta part! »

R : C’est vrai que quand on a vu ça dans le script, il a dit « c’est la partie la plus fictive de mon rôle ».

Pour parler de vos concerts à venir… A quoi peut-on s’attendre ? Avez-vous déjà des choses en tête ?

R : On n’a pas encore commencé à répéter pour, mais… on est juste tellement occupés en ce moment et quand on fait les choses, c’est toujours tout ou rien, il faut qu’on s’immerge totalement dedans. Mais on fera définitivement quelque chose à Paris. On ne va pas faire beaucoup de shows parce qu’on n’est pas ce genre de groupe, on ne veut pas être un groupe qui tourne, on n’est pas un groupe qui tourne, mais on va définitivement jouer dans certains endroits comme Paris et Londres. Je pense qu’on en fera quelque chose de spécial et qu’on utilisera une bonne partie des instruments pour rester les plus proches possible de l’album. Mais il y aura peu de concerts parce qu’on ne peut pas tourner avec un orchestre pour le moment.

Pour finir, je voulais savoir si vous aviez des choses à nous conseiller d’écouter.

R : (S’adressant à Faris) Il y a ce type que tu viens juste de découvrir, celui avec les longs cheveux blonds, des années soixante-dix, qui avait une voix féminine… Je suis tellement mauvaise pour retenir les noms !

F : Oh, tu veux parler de Lewis ! Alors oui, il y a ce disque… C’était vraiment un album bizarre. C’est un type à propos duquel il est assez difficile de trouver des infos, il s’appelle Lewis et il a enregistré trois albums. Et ce ne sont que des chansons d’amour mais elles sont vraiment… la voix est presque un simple murmure et la musique est tellement faible, presque absente. Et il y a un tas de bonnes chansons dont certaines qui sont assez cheesy, c’est très très bizarre comme musique. C’est un type qui était… Il était banquier ou quelque chose comme ça, plutôt riche et ça, c’était presque un projet « pour le plaisir ». Il a fait ça tout seul.

R : Il était banquier ? Je ne savais pas ! C’est tellement improbable.

F: Oui, un de ces types de fonds d’investissement. Il avait cette voiture de sport blanche et ces costumes blancs, etc. Plutôt de mauvais goût. Et en même temps, sa musique est complètement barrée et unique et en fait, elle t’aspire vraiment et j’aime ça, j’aime les disques qui t’aspirent. J’imagine que ça créé une forme d’intimité  et ouais, c’est cool, j’aime beaucoup ça.

Lewis Romantic

R : J’ai écouté des choses pour le boulot, dernièrement, parce que j’ai enregistré avec Primal Scream pour leur nouvel album et on vient juste de finir de tourner ensemble. Du coup, je les ai pas mal écoutés. Il a fallu que j’apprenne les vieilles chansons et les nouvelles et en fait, il y en avait beaucoup que je n’avais jamais entendues, y compris parmi leurs plus célèbres. Au final, j’ai pris beaucoup de plaisir à faire ça. Je crois que je les aime d’autant plus maintenant que j’ai tourné avec eux. Je crois que j’aime beaucoup plus leurs chansons.

F : Je pense que tu apprécies d’autant plus la musique que tu connais aussi la personne derrière.

R : Oui, je crois que c’est ça.

F : D’une certaine manière, tu comprends ce qu’il se passe dans leur tête et pourquoi ils font cette musique.

R : Oui, c’est définitivement ce qui est arrivé avec Primal Scream. Parce que quand tu connais quelqu’un., parfois tu es même émerveillé qu’il ait écrit quelque chose, tu te dis « woh, je ne savais pas qu’il avait fait ça » ou bien « il est plus sensible que je ne le pensais. Ou peut-être est-il triste ? ». Enfin les Primal Scream ne sont pas tristes. Je veux dire, ce sont probablement les gens les plus heureux que j’ai rencontrés.

F : Tu ne penses pas que tu peux réellement connaître quelqu’un quand tu entends ou vois ce qu’il créé?

R : Oui, c’est cette connexion émotionnelle, encore une fois. Et en réalité, les chansons de Primal Scream, elles ne sont pas tristes. Ils s’amusent !

F : Il est comme ça, Bobby (Gillepsie, NDLR). Ce sont des gens positifs.

R: Ils sont très positifs car par exemple, pendant la tournée, il ne sont pas, tu sais. Personne n’est négatif, ils aiment juste ce qu’ils font et ils rigolent tout le temps, c’est génial, c’est vraiment un groupe génial.



The duo formed by Rachel Zeffira and The Horrors’ Faris Badwan has been one of the most surprising and exciting of the past few years. After an incursion in the world of Cinema with the soundtrack of The Duke Of Burgundy, the pair is back with a second and brilliant pop LP, Treasure House, out on June 3rd.

A few weeks ago, while they were about to buzz with their next crazy move – an unexpected live performance at Buckingham Palace (below) – we got the opportunity to sit them down and ask them a few questions.

Hello Rachel, hello Faris! A lot of things have been said about your music, how you met and your influences… But I was wondering how you would describe Cat’s Eyes music with your own words.

Rachel: For me, I guess, if I’m describing it, I think that we’re musical opposites and that it’s a mixture of classical orchestral accoustic music – which is sort of my part – orchestrating, arranging and distortion, synths, sound and different musical influences, musical upbringings and that Cat’s Eyes is a meeting of those two things. Whether it’s Faris manipulating the orchestral stuff or some kind of combination of the two… I think it’s the meeting of two musical worlds.

Faris: Well, I mean, I think it’s true but I also think there’s kind of no point describing your own music to people because they’ll just perceive something differently. You need a point of reference, I guess but I don’t really see the point.

R: Yeah, I don’t think we’ve ever agreed with any of the things that people have said.

F: We should propably ask someone who really hates the music because I think they’d probably have a better idea… I mean your enemies probably have a better idea of who you are than your friends.

R: Yeah, that’s true.

That could be interesting! About your new album… Even if we recognize your sound, in Treasure House, there seems to be a radical change of mood in comparison to the first album. How would you say it actually differs from the first one?

Faris: I mean, it has changed quite a lot. It’s been four years we’ve been working on it. I think we’ve probably started to mess around with the songs structures a little more.

Rachel: It’s grown… It’s a grown up.

F: It’s more like the band has kind of become more its own thing, maybe. We’ve been more specific with what we wanted and I don’t know… It’s just natural.

R: Yeah, I mean it’s just like it’s evolved but I think… Well, what did you think the difference was?

Well, to me, it sounded a bit lighter… Maybe « popier ».

R: Ah, yeah really? Ah, that’s interesting.

F: Yeah, interesting… I would say more space, maybe.

R: yeah.

More breathy…

R: yeah, I think you’re right, it is a bit lighter.

F: maybe this one has more of our personalities. Cause I think the first one did definitely but it just becomes more about us rather than the music we’re listening to. Yeah, it’s more about our personalities, I guess rather than… I mean we were into music and it really did begin like the first one was almost like a parody of Sixties music and this one, we weren’t really listening to other bands, actually. We kind of stopped listening to music for a little bit because it wasn’t really necessary. We knew we wanted to explore anyway from the first record and yeah…

Like you said, a lot of things have happened between the two albums and you both had projects in between: there was a new Horrors album, Rachel’s first solo album and there was The Duke Of Burgundy’s Soundtrack. Do you feel that those projects kind of influenced the way you worked on Treasure House?

F: I would say the opposite.

R: And also, this album, we started writing and recording before the other projects…

F: Even before we finished the first Cat’s Eyes record, we were starting on this.

R: And then we stopped during the soundtrack.

F: We stopped for a year during the soundtrack.

R: Or more. The soundtrack was such a completely different project. It just didn’t leak over into the album and the album didn’t leak over it… it’s a totally different approach and way of writing and direction from, you know… Pictures and characters and the director.
Yeah I think because we did it over such a long period of time, I don’t think any of the other projects influenced it… I think also we’re kind of going into our own world when we’re doing an album. Nothing really gets in.

F: Yeah. We’re not really sat around listening to songs or whatever…

R: Yeah, we’re not really looking for ideas. We’re just writing.

F: We’re not trying to achieve something that we’ve heard someone else do. It’s more like « we’d like to explore this idea, that would sound cool »…Trying this with this instrument or whatever, you know… There’s usually like ten different versions of each song and then we choose one.

More generally speaking, you’ve both had a lot of different artistic activities in the past. And do these things influence the way you work together and the decisions you made when trying to find the Cat’s Eyes sound?

R: It actually works really well that we’re so musically different, that whenever there’s a decision to be made, it’s usually about something that someone feels more strongly about than the other person. You know, it could be a question of taste like Faris doesn’t like the sound of the production or the delay on the voice or anything like that and mine might be more about the choice of chords or a melody line, something more structural. I think it works well, we’ve never argued… You know, it usually works well because we have different strengths and weaknesses.

F: I think, if anything, the biggest thing I’ve got from the other projects I do or my other interests is that I don’t wanna do the stuff that I don’t enjoy, you know… It’s like we don’t wanna do the extensive touring thing cause I just think that works for some things but not ours… It’s like when people try and squeeze every band to the same platform and formal event… And I just don’t think it works like that.

R: Even the press and stuff, everyone goes through the same… They write an album and then, for three months they’re on this campaign for the album and they all do the exact same thing and then they tour in the exact same places and we’re just… We’re not doing it for that.

F: We’re interested in what’s best for our project rather than making it fit something that’s best for someone else.

Actually, I wanted to know a bit more about the way you write your songs and especially how you worked together on that second album.

F: We’ve done everything

R: It’s different for each song. Sometimes we sit down and we’re at the piano and sometimes, I mean… For one of the songs like (talking to Faris) you did a line and I was like…

F: We started working on it together and then it changed. Again, I think that we kind of have these answers for kind of everything but even in terms of who finishes it, the song decides pretty much every time because we’ll start writing that song and then it’s clear that it shouldn’t be one person directing where it goes or whatever… or the opposite. You know like, I’ll sing a song and it’ll sound better in Rachel’s voice, or whatever. We just wanna do what’s best for the song each time.

R: I mean it could even be like one song that maybe I wrote and it’s about something really personal to me or whatever but then it ends up that he’s the one singing it and it gives a totally different meaning to the song. Yeah, the music sort of decides most of the time, I think.

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And do you actually work with the orchestras, for instance or do you record the music separately?

R: I do that, mostly, the conducting and stuff. I like doing that, so…

 You talked a bit about it earlier… I mean you kind of already answered the question but I want to know more about it: the way you worked on the pop albums was really different to what you did for the soundtrack

R: Yeah, it really was completely separate because… With an album, you’re writing… You know, it’s your story, your feelings and your emotions and you can still use your emotions for something like a soundtrack because it’s a source, you know… That is your source. Like if there’s a character in the movie who’s suffering, you’re using your source but you’re putting yourself in someone else’s shoes rather than your own shoes. And there are so many things to have in mind. You know, we were sent the script and then you write songs for the characters and themes and then there’s photos of the location and then that changes it again and you’re like « oh, it’s a dark house » and then you see the characters… Everything’s influencing it, you’re being sent things that influence it. And the director is a huge music lover and he knows a lot about music too and he had ideas like « I really like the oboe, can you use oboe? » and stuff like that. I mean, he did give us total creative freedom but there were still some guidelines because it’s a movie and other characters and your taste has to match. Whereas an album… It’s your location and your characters and you’re creating everything and no else is. So, I just don’t think the two things bled into each other at all, you know. It was like a learning thing.

F: I felt really lucky, to be honest, that we had to do a good film for our first time.

R: Yeah, for a really good director who’s easy to work with.

F: Even the script is really great.

There’s something that’s quite fascinating about Cat’s Eyes songs, it’s the way they are universal (talking about love, etc.) and at the same time, they sound very intimate, as if they were windows into your own lives, into your relationship. How do you manage to create that atmosphere? And is that something that you feel and want to create?

Rachel: I always talk about this guy but the guy who composed the Godfather, Nino Rota, I studied him years and years ago and his mantra was that he believed that music was connected to the soul or the heart and it had to be completely honest and genuine and coming from genuine emotional source and maybe that’s what it is if it’s intimate, that you’re really going into the kind of, you know, the recesses of a genuine place so it is completely, entirely personal whatever the subject is because it’s coming right from you. (Talking to Faris) What about you?

Faris: I think, I just always feel different if I’m working on something and I’m not connected. I don’t know, I just don’t… I can’t really enjoy it or finish it.

R: And then I think other people don’t… they’re detached too.

F: I mean you have to get that feeling when you hear it otherwise it’s just what you’re doing. I mean what’s the point of making music if you’re not gonna connect with people?

R: Yeah, that is the point.

F: And I don’t mean connect with loads of people, I mean it doesn’t have to connect with everyone cause every band goes « we wanna reach as many people as possible ». But I mean that this has to connect with someone.

Actually, it sounds quite sincere and I think that’s why people can easily connect to the songs. I wanted to ask you about the Drag video. You must have had a lot of fun filming it! How was it? Because it looks quite intense.

Faris: Actually, it was more intense in the room, like when we were doing it, it actually felt kind of..

Rachel: Wrong…

F: The crew was really kind of quiet, you know and…

R: When we were watching some of the stuff, it felt kind of wrong but then, I don’t know, it was kind of fun wasn’t it? I think it’s funny for us because we’re not like that.

F: Well, it’s not portraying a real situation, it’s a fictional story, it’s a twist in the meaning of our lyrics and it’s a story with no victims, it’s not like one person is bullying the other one, it’s an equal fight, which is quite intense. You see violence everywhere.

R: And the lyrics are quite speculative, you know « if they knew what we do when we’re together, they would keep us apart » and you’ll think « what do they do when they’re together? » and we beat the crap out of each other…

F: It’s more like a realistic take on gossip and the way people assume things about the people. I guess I like the fact that when people watch it, they kind of don’t know how they should feel. You know like sometimes they’ll think « should I be annoyed about this? Should I be upset? ». I don’t know, I mean, I know I just said we liked doing stuff where people can connect with the emotions but I also like doing stuff where people don’t know how to connect and it’s kind of confusing.

R: Yeah I think people think they should be kind of outraged.

I think it’s kind of disturbing actually just because you don’t really know how to feel about it. But you still connect somehow.

R: It’s funny though how some people get really offended by some fictional violence and then, other stuff is just nothing alike… I mean some news has like some horrific things, beheadings… And some people get so used to it.

F: Yeah you should see the papers in Mexico, that’s just insane the stuff they have in the newspapers. They just read this insane stuff everyday.

R: Yeah, and then something else will come along and they will be absolutely scandalized. I mean it was weird with this one because maybe some of our friends found it kind of funny because we’re not like this so, it was like « it’s ridiculous » and then, some of them couldn’t watch it like « I can’t see your head get on the table ». And none of our parents, my mom and dad did not enjoy watching it. But Faris’ mom was funny because at first, she was upset about it and then, she was really happy that he had a mop! It was really funny.

F: « Oh Faris, that’s unusual for you! »

R: I mean when we saw that in the script, he was like « that’s the most fictional part of the role ».

About your upcoming shows… What can we expect? Do you have already some things in mind?

R: We haven’t started practicing for them yet but… We’re just being so busy and when we do things, it’s always all or nothing, we have to immerse ourselves in it.
But we’re definitely gonna do something in Paris. We’re not gonna do very much because we’re just not that kind of band, we don’t wanna be a touring band, we’re not a touring band, but some places like Paris and London, we’re definitely gonna do it. I think, if it’s like special shows, we will have some of the instruments in it and stay kind of true to the album. But it will be few shows because we can’t tour with an orchestra at this point.

I would like to know if you have anything to recommend to us to listen to?

R: (Talking to Faris) What about that guy you just kind of discovered, the one with the long blonde hair, from the 70’s, who sounded like a woman…? I’m so bad at remembering names!

F: Oh you mean Lewis! So there’s this record… It was a really weird record. It’s this guy who’s kind of hard to find out anything about and he’s called Lewis and he did three records. And they’re all love songs but they’re really… The voice is almost like whispered and the music is so quiet, so it’s just barely there. And there’s loads of good songs. And some of it is kind of cheesy as well, it’s really odd, like really strange music. It’s a guy who… He was a banker or something like that, like kind of wealthy in his own right and he had, it was like almost a fun project for him. And he… He just made it himself.

R: He was a banker? I didn’t know that! It’s very unlikely.

F: Yeah, like one of these hedge fund guys. He had this white sports car and white suits etc. Quite bad taste. But at the same time, the music is just completely odd and completely unique and it actually really draws you in and I like that, I like records that just draw you in. I guess it makes you really intimate with it and yeah that’s cool, I like that a lot.

Lewis Romantic

R: I’ve been listening to stuff for work lately cause I’ve recorded on Primal Scream’s new album and we just toured together so I’ve been listening to them… I had to learn the old songs and the new songs and actually a lot of them I hadn’t heard before, like even their really famous ones, I hadn’t really spent a lot of time listening to and I’ve been actually really enjoying them. I think I enjoy them more now that I’ve toured with them… I think I like the songs more.

F: I think you enjoy the music more when you know the person, too.

R: Yeah, I think I do.

F: You’re like understanding what’s going on in their head and why they make the music.

R: Yeah, definitely with Primal Scream. Because when you know someone… Sometimes, you’re even amazed that they wrote something… Like « wow I didn’t know that they did that » or « they’re more sensitive than I thought they were or maybe they’re sad » or, you know like, the Primal Scream aren’t sad but… I mean, they’re probably the happiest people I’ve ever met.

F: Don’t you think that you can really know someone when you hear what they create or see what they create?

R: Yeah it’s the emotional thing again. And actually, the Primal Scream’s songs, they’re not sad songs. They’re having a good time!

F: That’s what Bobby (Gillepsie, NDLR) is about, they’re uplifting people.

R: They’re pretty positive like, on tour, they don’t, you know… No one’s negative, they just, they love what they do and they’re like laughing all the time, it’s great, they’re a really great band.