Le collectif nøthing navigue dans notre paysage depuis déjà pas mal de temps sans que l’on ait pris jusqu’alors l’occasion de s’y pencher plus sérieusement. Ce manquement est aujourd’hui réparé. Toute la semaine, nous partageons avec lui la parole  pour vous parler de ses artistes, de son histoire, de ses actualités et surtout écouter de la bonne musique, de la vraie.

Première étape avec une interview croisée et plurielle autour de 4 acteurs du collectif pour connaître la genèse mais surtout ce qui anime au quotidien ce projet hexagonal et indépendant.

Comment et où est né les collectif Nothing ?

Yann : C’est assez flou, mais à la toute base ça vient d’une idée qu’on avait eue avec Anne-Sophie du groupe Saintes. A l’époque nous étions à Rennes pour les études, on avait monté une petite asso qui s’appelait Rennes Riot où mon groupe maria false jouait pas mal, on jouait avec The Popopopops, Football Club et d’autres groupes. On organisait des concerts, des soirées, vraiment pour se marrer, c’était assez chouette. Ça a duré un temps, après on s’est éparpillé dans différentes villes… Avec les mecs de maria false on a créé différents groupes ou projets avec des amis de ces années Rennes Riot (DEAD, FUTURE, Marble Arch, Venera 4, The Name of the Band). Anne-Sophie a monté son projet Saintes. On a donc juste voulu simplement créer une sorte de socle commun pour faire des compilations et sortir des trucs tous ensemble.

Quel était l’objectif au départ ? Et puis, a-t-il évolué au fur et à mesure ?

Yann : Au début on était 6 groupes, maintenant il y a une trentaine de groupes provenant de différents coins de la France…mais je crois que depuis le début il n’y a jamais eu d’objectif clair et précis, simplement une approche sonore d’une part, et puis des affinités communes sur la conception de faire de la musique. Après, bien-sûr, on essaye au mieux de diffuser les compilations – par des relais medias, par des partenariats – et d’aider à faire vivre les groupes en organisant des concerts, en proposant de l’aide pour la production, sur le matériel, sur l’enregistrement, même quelques fois un support juridique, c’est assez vaste !

Olivier : Je confirme ! Yann et Bernard ont produit un inédit pour l’édition CD Japonaise de notre album.

Bernard : Il y a une aide sur les contacts pour les concerts, pour compléter une tournée

Yann : En fait c’est tout et rien. Pour l’instant ce n’est pas structuré. On essaie simplement de mettre à contribution les différentes compétences des membres des groupes pour aider les autres. Après encore une fois, si les groupes en ont besoin on essaye d’être là au mieux, s’il n’y a pas besoin, et bah c’est cool aussi pour eux.

Comment le collectif se structure-t-il actuellement ? Qui bosse dessus ? Sous quel format ?

Bernard : Il n’y a pas trop de structure, on essaie de bosser dessus quand on peut, on a tous nos groupes aussi, mais il n’y a personne qui bosse pour le collectif uniquement pour le développer.

Quels sont les objectifs futur ? Il y a-t-il des nouveautés qui arrivent ?

Yann : Oui, des compilations, nous aimerions pouvoir les sortir en physique, CD, k7, vinyles on va voir comment on pourrait y travailler. Ça serait cool aussi qu’on puisse monter des petits festivals dans différentes villes de France. On en a fait un à Rennes en février dernier, c’était assez chouette. Les groupes étaient supers ! Les deux soirées étaient complètes. Il y aura aussi quelques nouveaux groupes !

Atef : On a causé cartes blanches, festivals (notamment à Strasbourg, où on vit avec Hermetic Delight et T/O). La conquête de l’Est !

Pourquoi au départ un collectif sous ce format et non un label ?

Yann : Je pense qu’il faut encore plus de temps, pour pouvoir bien s’occuper d’un groupe et encore plus pour plusieurs groupes, c’est un métier…il faut avoir un minimum d’argent et ici ce n’est pas le cas ! Nous quand on a lancé nothing, on savait juste jouer un peu sur des guitares, taper sur des toms et enregistrer des trucs comme on peut. Ca n’a pas beaucoup changé, mais on a un peu plus d’expérience. On est uniquement des « musiciens ». Ce n’est donc pas la vocation du collectif, les groupes ont leurs labels, éditeurs qui gèrent leurs sorties, le collectif est juste à côté. Il gravite autour des groupes. Il n’y a pas d’investissement, pas de contrat, pas de relation d’intérêt. Si un groupe ne veut plus faire parti du collectif ou se dit qu’on est des blaireaux, il n’y a pas de soucis, il peut partir quand il veut.

Qu’est ce que ce collectif apporte en plus aux artistes qu’un label ne fait pas ?

Bernard : Rien, par rapport à un bon label, ce qui n’est pas si courant. La différence ici c’est qu’il n’y pas de questions d’argent, c’est de l’entraide, pas de professionnels du mixage ou de la distribution, c’est de la débrouille, on utilise les moyens du bord.

Yann : Je vais le dire…

Olivier : Une visibilité en dehors de nos frontières.

Yann : C’est du partage ! Je l’ai dit !

Atef : Ce n’est pas en plus ou en moins, c’est plutôt autre chose ; on discute entre groupes et musiciens, on joue ensemble, on s’échange des dates. C’est bonne ambiance.

collectif nothing

Sentez-vous depuis quelques temps une effervescence sur la scène indie française ? Pensez-vous qu’elle soit plus structurée ?

Bernard : Je ne sais pas si il y a une effervescence, le fait est que l’industrie de la musique et particulièrement celle du disque est en plein déconfiture. Les majors soldent leur catalogues et font tourner les vieux machins, c’est fini pour elles. Tout le monde cherche le nouveau modèle. Je ne dis pas qu’on a la solution géniale mais on essaye quelque chose en terme d’organisation… comme d’autres, on verra ce que ça donnera.

Olivier : difficile à dire. Le tissu associatif est toujours présent mais il est très difficile d’intéresser les professionnels. Le style, l’esthétique « shoegaze » – là je parle pour Dead Horse One – reste confidentiel en France, contrairement au Royaume-Uni qui biberonne au son Creation Records depuis plus de trente ans.

Yann : Pour ma part, je ne sais pas si j’ai assez de recul par rapport à vous les mecs, aha. Je pense qu’il y a toujours eu des groupes indés top, une super scène. Aujourd’hui il y a des labels comme Requiem pour un Twister, Le Turc Mécanique, Cranes Records, Born Bad, Beko, et d’autres qui dénichent et sortent de supers groupes et qui font vivre la scène hexagonale. Je suis persuadé que les groupes de la scène française, et pas seulement ceux de nothing, ont énormément de talents.

Atef : C’est vrai qu’on dirait que le milieu de l’indé se réorganise, ce qui fait penser qu’il se passe plus de choses artistiquement mais ça, je n’en suis pas si certain.

Au niveau des médias avez-vous également senti un changement dans la façon de s’intéresser à ces groupes ? Il y a-t-il eu un élément déclencheur ? 

Bernard : Oui, ça marche beaucoup par « niches ». Il  y des magazines spécialisés, des blogs, des web-radios qui fonctionnent avec des goûts et des envies très ciblées. Certains aspects ou détails de nos musiques ou de nos apparences, ou encore des images dans les vidéos par exemple, peuvent faire mouche. En même temps il faut aussi s’en méfier et ne pas se laisser enfermer dans une image.

Yann : Oui, ils contactent directement les groupes. Juste pour les gros gros médias, ou la grande presse, là il faut avoir ses entrées. En même temps le journaliste ne va pas écrire sur un groupe de noise qui s’appel par exemple DEAD dans la rubrique « à découvrir » dans le Figaro, sinon il se prend un rouge direct par sa direction !

Comment se fait le « recrutement » des groupes qui font partie du collectif ? Cela est directement lié au fait de vouloir les inclure dans la compilation ?

Yann : Je contacte les groupes, je reçois des demandes, j’écoute et quand ça me plait j’essaie de parler au groupe, ou à un référent. Quand ca colle c’est parti ! Je suis le seul à décider. C’est vrai, ce n’est pas démocratique mais c’est ce qu’il y de plus simple et rapide à gérer, on est pas là pour discuter le bout de gras en AG ni pour négocier quoique ce soit, mais j’écoute les propositions de tout le monde.Quand j’en aurai marre je filerai ce poste à quelqu’un d’autre, ou on changera de mode opératoire.

Olivier : Yann nous demande de coucher avec lui !

Yann : Haha, oui il y a pas mal de « refus » mais dans les deux sens aussi, il y a des groupes qui ne veulent pas rentrer dans le collectif. C’est pas grave, mais ca ne change pas le fait que leur musique est cool !

Il y a-t-il en France ou à l’étranger un autre collectif ou label ou simplement une structure que vous admirez ou qui vous a inspiré pour nothing ?

Yann : Qui m’ont inspiré non pas vraiment. Nothing c’est un peu par défaut, mais après il y a des labels qui je trouve font du bon boulot, comme je disais tout à l’heure. J’espère que les groupes du collectif trouveront des bons labels, français ou à l’étranger pourquoi pas !

De plus en plus forte et grouillante en France, cette scène que vous représentez à encore un peu de mal à se faire entendre auprès des gros médias étrangers en comparaison par exemple avec les scènes actuelles espagnoles ou encore suédoises d’il y a quelques temps. Comment l’expliquez-vous ? C’est un point à travailler ?

Yann : Je ne sais pas s’il faut le travailler ou pas, je ne sais même pas comment le travailler ! Il faut essayer au maximum d’aller jouer à l’étranger, mais pour que ça soit faisable/viable il faut bien sur des moyens, des structures derrières, sinon tu le fais comme si tu partais en vacances, tu paies tes hotels etc…enfin c’est un choix à faire!

Enfin pour finir, pouvez-vous nous parler un peu de la soirée du 6 et des invités ?

Yann : Ce vendredi il y aura trois groupes, DEAD, T/O et Boy Head.  DEAD sort sont 1er album cette semaine qui s’appelle « VOICES ». Je l’ai déjà écouté et c’est top, il y a aura des copies de l’album vendredi à vendre ?

Bernard : Oui il y en aura !

Yann : Boy Head, ils sont deux, mais ils font un sacré boucan. T/O j’adore le nouvel EP mais je n’ai pas encore vu en live, mais on m’en a dit que du bien. Enfin j’ai hate…Venez c’est gratuit !


Compilation #4 du collectif nøthing