Multi Love - Unknown Mortal OrchestraNote : note_shadazz_35

Label : Jagjaguwar
Date de sortie : 26 mai 2015


Deux ans après le cultissime II, Ruban Nielson revient accompagné de Jake Portrait et Riley Geare avec un troisième album teinté de ces sonorités lo-fi et de ces mélodies entêtantes qui ont fait la force d’Unknown Mortal Orchestra au cours des 5 dernières années. Un album au nom évocateur – Multi-Love – qui s’annonce déjà comme l’une des sorties phares de ce milieu d’année et sur lequel UMO s’engage une fois de plus sur les voies inconnues que leur offre l’infini du répertoire Psych-Pop. Un style musical que Ruban Nielson maîtrise depuis les débuts d’UMO.

Nous sommes en 2010 et sur un Bandcamp encore inconnu « Ffunny Friends » est mise en ligne. On y découvre un morceau enregistré dans des conditions plutôt limitées mais faisant la part belle aux guitares lo-fi et sur lequel on entend une voix des plus étonnantes. Le titre agite la blogosphère qui voit dans « FFunny Friends » le futur hymne d’une nouvelle scène Indie alors en pleine éclosion, à la frontière du Psych et de la Pop. Quelques mois plus tard, Fat Possum sortira le premier album éponyme du groupe qui connaîtra rapidement un franc succès. Dans la foulée, UMO change de label, rejoint les rang de Jagjaguwar et nous livre II, un second album surprenant par la richesse de ses chansons. On ne s’attardera pas à vous rappeler à quel point nous avons pu écouter « So Good At Being In Troubles », « From The Sun » ou encore « Swim And Sleep (Like A Shark) ».

UMO devient alors un groupe à suivre et forge sa réputation par des prestations live des plus remarquables. Ruban, vêtu de son éternelle djellaba noire , se montre comme une Rock star introvertie dont le prolongement des bras n’est autre que sa Fender rouge. A ses côtés, Jake et Riley font la paire, l’un pour son jeu statique et l’autre pour sa dégaine de batteur de Hard Rock. Des concerts par centaines et une tournée qui les mènera aux quatre coins du monde. Le trio est inséparable, ne se quitte plus et découvre les complications liées à la vie en communauté.

Ruban quant à lui, étoffe son personnage, et devient alors un homme à tout faire, musicien – producteur – leader de groupe ; une sorte de Kevin Parker du lo-fi, dont on retiendra le nom pour la décennie à venir

Alors que II avait, selon Ruban, été écrit et composé face à la difficulté d’être seul et isolé, Multi-Love quant à lui puise son inspiration dans la complexité du vivre-ensemble. Vivre-ensemble avec les membres du groupe ? Tout simplement avec des gens ? Ou bien avec l’être aimé (car l’amour est un thème redondant dans l’univers d’UMO, la preuve avec le nom de cet album) ? On ne saurait vraiment dire ; au final c’est peut-être tout et rien à la fois, mais ces questions semblaient quand même perturber Ruban. A tel point qu’il décide de s’isoler dans le studio qu’il a aménagé dans la cave de sa maison à Portland (que l’on découvre sur l’artwork de Multi-Love) et de se concentrer sur sa musique et les prémices de ce troisième album. En plus de ses guitares et des ses dizaines de pédales, Ruban s’entoure de nombreux synthés (vintages et modernes) jusque là absents de l’ensemble des morceaux d’UMO. Un pari plutôt osé mais pour le moins réussi.

Une ouverture sur « Multi-Love » qui annonce  la couleur et la force de cet album. Tube en puissance, ce titre nous rappelle à quel point ces deux ans d’attente ont pu être longs et au combien UMO est un groupe qui est en train de devenir intemporel et incontournable. « Like Acid Rain » nous prouve ensuite que Ruban sait toujours aussi bien manier l’art du refrain que celui du groove. Car oui, contrairement aux deux précédents disques, celui-ci ne manque pas d’énergie : « Ur Life One Night », « The World Is Crowded » et ses choeurs souful, « Keep Checking On My Phone » et son instru à la Caribou, nous montrent la capacité d’UMO à se renouveler et à sortir de leur zone de confort. Une remise en cause profonde qui a même poussé Ruban à ajouter des cuivres (« Extreme Wealth And Casual Cruelty »), de couper un morceau avec une nappe de synthés planante (Stage Or Screen) et de se laisser aller avec un titre de 7 minutes pour clore cet album (« Puzzle »). On appréciera enfin « Necessary Evil », sorte de morceau psychanalityque sur lequel Ruban a invité son frère à la batterie et son père à la trompette avec qui ses relations étaient pour le moins difficiles depuis plusieurs années.

Avec Multi-Love, Unknown Mortal Orchestra reste fidèle à son univers initial mais explore en même temps de nouveaux horizons. Si ces 9 titres ne manquent pas d’énergie et d’authenticité, on regrette cependant qu’il n’y en ait pas d’autres qui, à la manière de « Multi-Love » ou « Keep Checking On My Phone », ne retiennent plus notre attention et soient en compétition pour la sélection de notre palylist d’été (!). Ruban quant à lui, étoffe son personnage, et devient alors un homme à tout faire, musicien – producteur – leader de groupe ; une sorte de Kevin Parker du lo-fi, dont on retiendra le nom pour la décennie à venir.