En ce début 2017, nous fêtons (déjà) les dix ans d’un petit label devenu grand: Pan European Recording. De Koudlam à Poni Hoax, en passant par Thos Henley et Buvette, le label parisien a produit pas mal de pépites au fil des ans. Et pour célébrer ça comme il se doit, cette semaine, il investit même le Point Ephémère pour une petite série de concerts. Et parmi les invités, se trouve celui qui a probablement le plus contribué à la médiatisation de Pan European ces deux dernières années : Flavien Berger.

L’occasion pour nous de partager une interview qu’on vous gardait au chaud depuis la dernière édition de Rock En Seine.

On te voit un peu partout depuis la sortie de Léviathan, tu dois être épuisé. Tourner autant, de quelle façon ça a fait évoluer ta musique ?

Je n’ai pas assez de recul parce que je suis encore un peu dedans… Mais déjà, ça apporte beaucoup d’assurance parce que tu es face à plein de gens qui, soit te découvrent, soit te connaissent et donc tu es amené à te prendre des gros jets d’ovation et ça, ça flatte l’ego énormément. Ça professionnalise un petit peu parce que du coup, tu apprends à être pro en live, ce qui est pas mal. Ça me donne envie de continuer, quoi… Ça me met juste bien en réalité.

En parlant de live et de tournée ; il y a quelque chose de très intime dans tes morceaux, tes textes et tes sets. Comme si on était assis dans le coin de ta chambre tandis que tu racontes tes petites histoires. Comment gères-tu le passage de jauges modestes à de gros festivals tels que Rock En Seine ?

C’est cool, ça, c’est génial ! Mais je ne sais pas, en réalité. Je ne sais pas, je suis là et puis je regarde les gens. Il faut regarder les gens, en fait et tout de suite, ça démystifie quelque chose. Il faut lever les yeux de ses machines. Et c’est drôle, toujours. En fait, ce qui est bien avec les grandes jauges, c’est qu’il y a plein de gens qui ne te connaissent pas. Enfin qui ne me connaissent pas moi. Du coup, j’ai juste à leur faire découvrir mon truc et je n’ai pas la pression de me dire « ah la la, si je rate ce morceau, si je chante faux, ils vont m’en vouloir ». Ça peut être dur, un morceau raté. Les gens peuvent t’en vouloir, après: « putain mais t’as niqué ce morceau ! ». Du coup, j’aime bien les grandes jauges parce que c’est un peu comme le Salon de l’Agriculture… Tu as plein de choses à voir et puis tu découvres. Tu découvres des bons terroirs !

Et avec toutes ces dates, tu arrives à trouver le temps pour réfléchir et composer le successeur de Léviathan ?

Réfléchir oui, mais pas travailler, pas produire. Oui, j’y réfléchis. De fait, je vais consacrer ma vie à ça donc j’y réfléchis tout le temps. Mais c’est vrai que je n’ai pas eu le temps de bosser ma musique pour de vrai, de composer. J’aimerais bien mais je n’ai pas eu le temps.

En attendant, on te retrouve sur l’album hommage à Véronique Vincent et Askak Maboul avec le titre « Je Pleure Tout Le Temps ». Comment t’es-tu retrouvé impliqué dans ce projet ?

En fait, ils m’ont contacté il y a très longtemps et j’ai mis beaucoup de temps à préparer ma reprise. Je suis assez lent et du coup j’ai mis du temps à savoir ce que je voulais faire. Puis j’ai mis du temps à choisir le morceau parce que je les aime tous. Ce qu’il se passe là, c’est que j’engage un travail de chanson de femme reprise par des hommes… enfin chantée par un homme. Moi en l’occurrence. Au passage, il y a peu de temps, à la Cigale, j’ai chanté une reprise de « Pendant Que Les Champs Brûlent » de Niagara, aussi. Mais là, au final, j’ai pris « Je Pleure Tout Le Temps » parce que c’est une chanson incarnée par une femme et que tu le sens. De leur côté, ils m’ont contacté parce qu’ils connaissaient mon travail, parce que je suis un artiste francophone et qu’il y a des affiliations : je suis assez inspiré par la New Wave et les chansons d’amour, ça créait forcément des liens.

Quand on se penche sur ton histoire, qu’on lit tes interviews, on a le sentiment que tu es très « famille », que ce soit quand tu parles de ta fratrie ou qu’il soit question du Collectif Sin par exemple. Du coup, pourquoi avoir choisi de te lancer dans un projet solo ? Et comment se passe la transition entre la composition solo et travail collectif sur tes clips notamment?

La musique, ça a longtemps été un terrain personnel en fait. Je faisais de la musique pour ne pas aller en cours, pour ne pas aller en soirée. C’est un terrain personnel qui est devenu quelque chose de public et qui est devenu mon métier mais… c’est drôle, je ne me suis jamais posé la question. En fait, je pense que mon projet musical, c’est ce qui me permet de collaborer avec les gens. Moi, je fais ma musique et ensuite, on fait des choses autour de ma musique avec les clips ou avec mon label. Je ne suis jamais tout seul, en fait. Mais pour la création, pour l’instant, je ne sais faire que comme ça. J’ai appris à faire tout seul et du coup c’est drôle mais je crois que c’est mon identité. Et l’identité, c’est ce qui te permet d’être avec les autres.

Et tu n’as jamais eu envie de travailler avec d’autres gens ?

Si si ! Et ça se fait même déjà mais pour mon projet musical, je suis seul et je le présente seul. Ça ne m’empêche pas de faire des collaborations avec Jacques, par exemple… On a fait une B.O de film. Voilà, je travaille avec différents artistes. Je croise souvent Francois and The Atlas Mountains aussi, et on fait des concerts ensemble. Mais pour l’instant, tu ne me verras pas arriver avec un groupe.

Tu parles souvent de ta musique comme étant une Bande Originale. Pourrais-tu nous dire quelques mots sur une B.O qui t’as marqué ou influencé ?

Celle de Basic Instinct est bien… Elle est en tension, elle est belle, le thème est magnifique. C’est Jerry Goldsmith, un film de Verhoeven. En fait, tu penses à ce thème et tu ne sais pas quels instruments le jouent et pour moi c’est ça la magie aussi avec la B.O de Jon Brion pour Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, par exemple. Ce sont des B.O dont tu te souviens du thème. Tu te souviens de la mélodie mais tu es incapable de dire quel instrument la joue. Tu as un souvenir de « matière » plus que d’arrangements et ça, ça me passionne la matière.

Et matière ou pas matière, est-ce qu’il y a des choses que tu nous recommandes d’écouter, en ce moment?

Deux Boules Vanille, je te conseille d’aller les voir en concert. Ce sont des Français qui font de la musique avec deux batteries et des synthétiseurs, c’est magnifique. Ce sont des champions, la musique du futur !