Sam Eastgate, savant virtuose derrière LA Priest, fait partie de ces artistes qui ne s’attrapent pas facilement. Ce n’est pas qu’il n’a rien à dire, loin de là, mais l’ex-frontman de Late Of The Pier préfère laisser parler sa musique. On ne pourra lui en vouloir tant celle-ci est singulièrement géniale.

Notre chemin avait déjà croisé le sien au printemps 2015 à Toulon, pour le Midi Festival. Sam sortait alors d’un de ses tout premiers concerts en tant que LA Priest. Quelques photos, des sourires, quelques mots mais pas de long entretien. Alors, lorsqu’une courte fenêtre d’échange s’est ré-ouverte à La Route du Rock collection Hiver nous ne nous sommes pas faits prier.

Ton album est un joyeux mélange de plein de choses, à la fois bourré d’influences et assez singulier. As-tu une idée en tête pour décrire tout ça ?

Je ne sais pas si j’ajouterais autre chose car c’est effectivement un melting pot. Mais je pense que c’est spécifique à mon premier album – qui est à peu près tout ce que les gens ont pu entendre jusqu’ici – et peut-être que je ne mélangerai pas toujours plein de choses dans mes disques. J’ai fait de la musique pendant cinq ans et tout à coup, il a fallu que je me lance, que je fasse enfin un album et c’est pour ça qu’il ressemble donc à une sorte de compilation de plein de choses. Alors je ne sais pas… peut-être que le prochain album ne sera pas du tout comme ça.

Tu as rapidement joué sous le pseudonyme LA Priest, malgré ça il a fallu attendre 7 ans entre la fin de Late of The Pier et cet album. Pourquoi ?
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Ca va bientôt devenir plus clair car en fait je bossais sur plein d’autres disques en même temps et il se trouve qu’aucun d’entre eux n’est sorti très rapidement… Pour beaucoup d’entre eux, j’ai pris mon temps et ai juste bossé de temps en temps, en fait. Et puis je me suis retrouvé à fabriquer beaucoup d’instruments électroniques, à essayer de me construire une sorte de nouvel équipement étrange pour pouvoir faire cet album, ce qui s’est trouvé être une super source d’idées au final. Mais j’ai mis autant de temps principalement parce que je bossais sur d’autres projets parallèlement. D’ailleurs, l’un d’entre eux va bientôt sortir donc les gens se diront peut-être « oh, c’est donc ça qu’il faisait ».
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D’ailleurs, les choses sont-elles foncièrement différentes pour toi maintenant que tu évolues en solo ?
J’imagine… Peut-être que je pense à la musique encore plus souvent. Parce qu’en tant que musicien solo il faut y penser quotidiennement, tu as beaucoup plus de responsabilités c’est à toi de t’assurer que les choses se passent et je pense que ce n’est pas toujours comme ça que ça se passe pour les autres… Il y a beaucoup de gens qui sont dans des groupes et qui aimeraient parfois pouvoir faire plus. Par exemple, peut-être qu’un batteur n’aura pas toujours envie de ne jouer que de la batterie et ça peut être difficile à gérer. Donc quand j’y regarde de plus près, c’est vrai que je peux faire ce que je veux, je peux jouer de n’importe quel instrument tant que je peux me permettre de le prendre dans le tour bus ou que sais-je. Mais je ne sais pas… Je ne me souviens plus trop d’avant et j’ai l’impression que même quand je jouais dans des groupes, j’avais déjà le même rapport à la musique donc peut-être que rien n’a changé au fond.
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Le projet LA Priest est déjà très abouti, très mature. Les fans espèrent malgré tout une reformation de LOTP et les rumeurs courent régulièrement. Est-ce quelque chose que tu te verrais faire ?
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C’est une question à laquelle il est très difficile de répondre. Parfois, je dis « je ne ferai rien de ci ou de ça » mais tu sais… Parfois, je me surprends à me dire que je pense qu’une reformation n’arrivera plus jamais car j’ai inventé ce projet avec les autres membres du groupe il y a des années de ça car c’était une idée précise qu’on a eu à cette époque. Et les idées changent, la façon dont tu envisages les choses change. Je pense qu’aucun créateur ne revient jamais en arrière et ne veut vivre dans le passé ou répéter ses idées à l’identique. Mais tu n’es pas non plus obligé de le faire donc… Il y aurait une possibilité, oui, si c’était quelque chose de totalement nouveau qui portait juste le même nom. Mais bon, pourquoi utiliser un vieux nom ? En ce qui me concerne, je ne referai jamais deux fois le même album donc ça n’aurait de sens d’utiliser le même nom que si nous étions le même groupe. Mais nous ne serons plus jamais le même groupe donc… (le batteur des LOTP, Ross Dawson est décédé en 2015, NDLR.). Je trouve que c’est une question difficile mais je suis sûr que tout le monde brûle d’envie de la poser.

Comment as-tu travaillé sur cet album ? Tu t’es enfermé en studio quelques temps ou tu dirais que tu as plutôt écrit et enregistré sur des coups de tête ?
Je crois que les seules choses dont j’avais besoin pour créer cet album étaient du temps et de l’espace, peu importait où… Quand j’ai commencé à bosser, les démos sonnaient totalement différemment. Et par exemple, je suis content d’avoir pu accéder à certains instruments au bon moment pour écrire certains titres. Je n’ai notamment pas utilisé de piano excepté sur un morceau qui se trouve être même devenu mon premier single. Et pour la petite histoire, c’est arrivé car j’ai trouvé ce piano dans des loges en Suisse. Il était là, j’ai commencé à jouer et tout à coup… Chanson écrite ! Donc je pense que tout a une influence sur la musique que tu écris et de fait, dans d’autres circonstances, mon album aurait peut-être été tout aussi bon mais totalement différent.

Il parait que tu as beaucoup voyagé au cours des dernières années et utilisé l’environnement des endroits que tu as visités pour concevoir l’album. C’est quelque chose que tu avais en tête dès le départ ?

Après avoir énormément tourné avec Late Of The Pier – on a voyagé de manière intense pendant presque deux ans – à la fin de ça, j’étais encore un ado – je devais avoir 20 ans à l’époque – en revenant chez moi, coincé quelque part alors que j’étais aussi jeune, j’ai fini par me sentir mal, comme « en pause ». C’est juste plus du tout excitant alors tu finis par attraper le virus du voyage, ce qu’on appelle le « wanderlust »… et je pense que j’ai vraiment chopé ça. Et du coup, je ne peux pas rester sans rien faire au même endroit trop longtemps sans commencer à me sentir bizarre. J’y pense souvent comme quelque chose de naturel car on vient tous de peuples nomades et que ça vient probablement de là.

Tu en as parlé un peu plus tôt: tu as créé tes propres instruments et produit presque tous les morceaux de l’album seul. Ca semble un sacré challenge ! Pourquoi avoir fait ce choix ?
La première chose qui m’a immédiatement frappée c’est que je commençais à faire de la musique basée sur des tous petits sons et qu’ils provenaient exclusivement des morceaux d’équipements auxquels j’avais accès. C’est comme un arbre qui partirait d’un point précis et à partir duquel toutes ces idées, ces différents morceaux de chansons commenceraient à fleurir. Et je me suis dit que c’était tellement crucial de trouver ce point de départ mais je n’avais pas les moyens de m’acheter ce matériel super cher et même si je le pouvais, peut-être qu’au final, ça ne changerait rien à mes chansons. Et puis c’est un peu étrange d’utiliser le même équipement que tout le monde, tu sais, se servir des mêmes guitares, mêmes claviers, etc. Peut-être que la meilleure chose à faire était de fabriquer mon propre matériel. Je n’ai jamais vraiment réfléchi à comment marche le son d’un point de vue scientifique mais ce n’était pas si difficile de savoir ce que je faisais, j’ai juste beaucoup utilisé internet pour m’inspirer même si je ne savais pas trop quoi faire d’un point de vue technique. Je n’y connais rien à l’électricité et du coup, il y a eu pas mal d’accidents, d’éléments qui se sont retrouvés dans l’album.
As-tu déjà commencé à bosser sur de nouveaux morceaux ? Et comment vois-tu la suite pour LA Priest ?
Oui, j’ai juste commencé à enregistrer des sortes de petites mélodies, à enregistrer ma voix, ce genre de trucs. Le produit fini n’est pas pour bientôt, il faudra que je retravaille tout ça mais à mon avis, il faut aussi que je me replonge dans l’apprentissage de ma musique en la testant en live. Mais je n’ai pas encore vraiment sauté le pas. Pour l’instant, j’ai juste testé différentes versions de mes chansons existantes, des sortes de réinventions. Mais tester des morceaux totalement nouveaux en live va beaucoup me libérer donc je pense que ça sera une super source d’inspiration pour un prochain album.
Qu’est-ce que tu nous recommandes d’écouter ?
Ah, justement, il fallait que j’y réfléchisse pour une autre interview ! J’ai beaucoup d’amis que j’aimerais bien pouvoir emmener avec moi en tournée mais ça ne marche pas toujours. Il faut que vous écoutiez Queen, Freddy Mercury et mes amis Bwengo.

Écouter l’album en intégralité : Spotify


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He’s one of our favorite artists of 2015. We talked about him many times and had even planned on asking him a few question at the Midi Festival, last Spring, without succeeding.

We finally caught up with Sam Eastgate at La Route Du Rock: Collection Hiver and he talked to us about creation processes, building things and even a little bit about Late Of The Pier.

Your album is like a huge melting pot. It sounds full of different influences but quite unique at the same time. But how would you describe your music ?

I don’t know if I would say anything else cause it IS a melting pot. But I think that’s specific to my first record – which is everything everyone’s heard so far – and maybe I’m not always gonna throw everything into one record. Because I’ve been making music for five years and then I had to make an album, get round to just doing it and that’s why it was kind of a compilation of all I had done. So I don’t know… Maybe the next one won’t be a melting pot.

Even if you had already been releasing music under the LA Priest name, you waited for 7 years after Late Of The Pier’s only album to release of full solo album. Is there a specific reason for that ?

Yes! It’s gonna become clearer soon because I was also working on lots of other records and none of them came out very quickly… A lot of them I was like working on sporadicaly. And also, I was building a lot of electronic instruments, trying to make some new weird equipment for myself to make this record, which was a really good source of ideas for the record. But it was mostly because I was doing other records at the same time and one of them’s about to come out soon so people might go like « oh that’s what he was doing ».

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And how is it different for you now that you are a solo artist? Has it changed the way you work, the way you think about music ?

I suppose… Maybe I think about music even more often. Because you have to kind of like think about it every day when you’re just a solo artist because you have a lot more responsabilities, you have to make sure all the things are happening and I think it’s not always like that… There are a lot of people who are in bands or in big groups that would sometimes like to do more than they do. Like maybe a drummer doesn’t want to just play the drums and that can be hard as well for people who want to do something else so… I’m looking, I can do whatever I want, I can play whatever instrument I want if I can afford to take it with me on a bus or whatever. But I don’t know… I can’t remember how it was before, cause from being in bands before, I’ve kind of always felt the same way about music, so maybe it’s just not changed at all.

The LA Priest project seems already very mature and well established. However, you’ve probably heard over the years that lots of fans are still hoping for an LOTP reunion. Could you see yourself doing it ? Or is it all already too much in the past ?

That’s a really hard question to answer… Sometimes I say « nothing’s gonna happen with this thing or that thing » but you know… Sometimes I catch myself cause I think I don’t think it’s ever gonna happen again because I’ve invented this thing with the other guys in the band years and years ago and it was like an idea at that time and ideas change, like the way you think about thing change. I don’t think anybody creative ever goes back and wants to live in the past or repeat an idea exactly how it was. But you don’t have to so… There’s a possibility, if it was something totaly new that just had the same name. The only thing is why would you use an old name? To me… I’ll never make the same record again so it would only make sense to use the same name if it was like the same people but it’s not gonna be the same people so… (LOTP’s drummer, Ross Dawson passed away last year, Ed.) I find it a hard question but I’m sure everybody wants to ask it.

How did you work on that album ? Did you lock yourself in a studio for a few days or did you record tracks whenever inspiration came, for instance ?

I think the only thing I needed to create the record was spare time and space, wherever it was… The demos, when I started working sounded really different. But for instance, for some of the songs on the record, I’m glad I had access to certain instruments cause they helped me write: I didn’t have a piano apart from one song and that song was the first single. And if I hadn’t had a piano I might have not written that song. It was in a backstage area in Switzerland, there was a piano, I started playing and… Song written! So, I think everything changes the music you make, everything has an influence and it would have been a totally different record and maybe just as good in different circumstances.

I read you had travelled a lot over the past years and used the environment of the places you were in to conceive the alum. Was it something you had planned or did it just sort of happen ?

After touring quite extensively in Late Of The Pier – we had like two years of really intense travelling – coming out of that, I was still a teenager – I was about 20 years old at that time – coming back home and sort of staying in one place after that at that age, you kind of feel bad or on hold… It’s just not as invigorating or exciting so you kind of get a « travelling bug », a « wanderlust »… And I think I’ve got that, really and I can’t stay still for too long in one place without kind of feeling strange. I always think about it, it’s cause everybody evolved from nomadic people so it must be the natural thing to want to do that.

You evoked that earlier: you created your own instruments and produced almost all the tracks of the album by yourself. That sounds like a huge challenge. Why did you choose to do that ?

The first thing I realized really early on is I was starting to make music based on really small sounds and it would always only depend on the pieces of equipment I had access to. It’s like a tree growing from this one point and then all these ideas, the different bits of the song kind of branch out from that, and I thought « wow, it’s so crucial to get that starting point but I don’t have enough money to buy this mega expensive studio equipment and even if I did, it might not make my songs any different. But it’s kind of weird using the same equipment as everybody else, you know, using the same guitars or keyboard or whatever… Maybe the best thing ever would be to have my own source. » I’ve never really thought about how sounds work like in a scientific way, so… It wasn’t too hard to work out what I was doing. You know, I just used the Internet a lot just to borrow ideas and then didn’t really know what to do technically. I don’t know anything about electricity, so there was a lot of accidents, stakes that ended up in the album.

Have you already started to work on some new tracks ? And how do you see the future for LA Priest ?

Yeah, I’ve just sort of started recording little melodies and things, voice recorder, this kind of stuff. It won’t be very soon until the finished work, it will go through another process but for me, I’m also aware that there’s like a way of learning about the music I’m making by testing it live, which I didn’t do with the first record. So I think the next stage for me is to start trying out new ideas live. But I haven’t done that yet, really, I’ve just done different versions of my songs for live so I do a lot of kind of reinventing stuff. But to try out a completely fresh song is gonna be liberating so I think that could be a great source of inspiration for another record.

What would you recommend us to listen to ?

Yeah, I was supposed to think about that actually for another interview. I have a lot of friends I’d like to kind of take on tour with me but it doesn’t always work out. You should listen to Queen, Freddy Mercury and Bwengo.


Full Album : Spotify


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