Note : note_shadazz_4

Label : Bella Union
Date de sortie : 09 octobre 2015

 


 

S’il fallait résumer le parcours de John Grant en un seul mot, celui-ci serait probablement « mouvementé ». De son enfance dans le Colorado en passant par ses études en Allemagne, ses déménagements successifs à New-York, en Islande et plus récemment à Dallas, le bonhomme a vu du pays. Tout comme sa carrière: faite de très hauts et de très très bas. En effet, après dix ans de bons et loyaux services au sein des restés méconnus The Czars suivis d’une traversée du désert qui l’oblige à faire face tant bien que mal à se addictions, à la dépression et à sa séropositivité, Grant trouvera  finalement son salut en 2010 grâce à sa rencontre avec Midlake qui produiront son tout premier album solo, le sublime Queen Of Denmark.

Difficile de croire que cette renaissance a eu lieu il y a seulement cinq ans […] Aussi difficile que de croire que cette voix douce et pure émane de ce corps immense à l’allure brute.

Difficile de croire que cette renaissance a eu lieu il y a seulement cinq ans tant l’artiste a été prolifique depuis (Grey Tickles, Black Pressure est son troisième album studio auxquels il faut ajouter un album live et deux EPs). Aussi difficile que de croire que cette voix douce et pure émane de ce corps immense à l’allure brute. Et c’est là toute la magie du travail de John Grant: ce don pour faire cohabiter la beauté, la délicatesse avec la violence et le malheur. Cet album ne fait d’ailleurs pas exception à cette ligne de conduite puisqu’on y retrouve la plume sarcastique et acerbe de l’Américain tout autant que ses mélodies soignées et délicates aux orchestrations farfelues, tantôt pop (Grey Tickles, Black Pressure, Down Here) , tantôt rock (Guess How I Know), flirtant avec l’électro (Voodoo Doll, Black Blizzard), voire disco-funk (l’ovni Snug Slacks et le single Disappointing qui lui a permis d’inviter Tracey Thorn). Le tout est servi par la production de John Cogleton (Swans, St Vincent, Franz Ferdinand) pour nous donner une fois de plus une oeuvre intemporelle et inclassable par la diversité de ses sonorités, qui s’impose comme un guide pour moquer ses problèmes et les rendre un peu plus beaux.

Si les expérimentations vous font peur, si la pop baroque vous écorche les oreilles, passez votre chemin car cet album est aussi haut en couleurs que la vie de son auteur. Si, au contraire, vous aimez avoir envie de rire, de pleurer parfois séparément, souvent en même temps quand vous écoutez un album, bref, si vous aimez vous laisser submerger par l’univers musical d’un artiste, foncez vous mettre Grey Tickles, Black Pressure dans les oreilles.