Les Sorties

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A Tribe Called Quest • We Got It From Here… Thank You 4 Your Service

Le 22 mars dernier, Phife Dawg, MC émérite, s’éteint des suites d’un diabète à l’aube de ses quarante-six printemps. Dès la nouvelle tombée, les hommages pleuvent dans toutes les sphères musicales. Si cette disparition suscite tant d’émotion, c’est que le destin de Phife s’avère viscéralement lié à celui d’un quatuor qui a plus que marqué l’histoire du Hip Hop. Par sa posture pacifiste et ses textes pleins de recul, A Tribe Called Quest s’est imposé comme la figure de proue du Rap conscient, de l’abstract. En mastodonte des années quatre-vingt dix, ATCQ a porté au nues le jazz rap avec une irrévérence jouissive. Alors, quand un groupe XXL annonce la sortie d’un album final en guise d’hommage près de vingt ans après son dernier fait d’arme, nos oreilles se dressent, plus que jamais.

We Got It from Here… Thank You 4 Your Service tel sera le titre de cette ultime estocade. Coté guests, c’est un peu le all star game  : Consequence, Busta Rhymes, André 3000, Kendrick Lamar, Jack White, Elton John, Kanye West, Anderson .Paak ou encore Talib Kweli figurent en invités sur le disque. On ne saurait que trop se méfier d’un effet paillettes. D’autant que le « come-back album » après deux décennies s’avère un exercice périlleux.

Pourtant, dès la première écoute, le disque dévoile élégance certaine. En témoigne les notes suaves et sucrées de « Solid Wall Of Sound« , qui ouvre l’album, avant que « Whateva Will Be«  ne ressuscite le flow acéré de Phyfe. Petit à petit, le disque trace son sillon emmené par une production ambitieuse à la hauteur du projet. Mention spéciale pour le R’n’b lascif d‘ »Enough! « porté par le phrasé velours de Q-Tip. On savourera aussi la kyrielle de morceaux aux teintes jazzy qui clôturent l’album : « Conrad Tokyo »,  « Ego », « The Donald ». Si il nous faudra à l’évidence de nombreuses écoutes pour se l’approprier définitivement, ce dernier recueil réussi l’exercice du renouvellement dans la continuité. We Got It from Here… ravive l’ADN musical de Tribe Called Quest, sans jamais se laisser tomber dans une nostalgie facile. Coup(s) de maitre(s).


Date de sortie : 11 novembre 2016 sur Epic Records / En écoute sur : Spotify


 

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Drugdealer • The End Of Comedy

Il y a plus d’un an on vous parlait avec un engouement non dissimulé de Silk Rhodes, projet emmené par le stakhanoviste Michael Collins. En marge de cette aventure, l’homme a sorti début septembre un nouvel album solo sous un nouvel étendard : Drugdealer. Intitulé The End of Comedy (et en écoute ci-dessous) le disque est une petite merveille empreinte de pop psychédélique et d’un soft rock 70’s que n’aurait certainement pas dénigré Todd Rundgren. L’album dévoile aujourd’hui un nouvel extrait « Easy to forget » sous forme d’un clip homemade où figurent Weyes Blood et l’ami Mac DeMarco. Rien que ça.


Date de sortie : 09 septembre 2016 sur Weird World / En écoute sur : ci-dessus


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Anderson.Paak & Knxwledge • Yes Lawd!

NxWorries est l’alliance de Knxledge, producteur ancré dans la scène californienne, et Anderson .Paak, chanteur et multi-instrumentiste qui a fortement fait parler de lui avec ses premiers essais solo Venice et Malibu. Annoncé il y a plus d’un an, ce premier album était largement attendu. Stones Throw dissémine depuis plusieurs mois des extraits très prometteurs : « Lyk Dis », « Suede » ou « Link Up » et le produit fini n’est pas une arnaque, au contraire.
Fort de 19 pistes, Yes Lawd! (nom hérité de la première injonction de l’intro) ne fait ni dans la redondance, ni dans l’ennui. Comme il l’a fait sur ses précédents albums, Anderson .Paak mêle les genres et passe successivement derrière chaque instrument, la batterie et le chant étant ses armes de prédilection. Il s’appuie sur la rigueur de Knxwledge pour magnifier son travail et l’alchimie fonctionne à merveille. Chacun des 2 artistes a déjà collaboré avec un nombre incroyable de personnes sur différents projets, mais Yes Lawd! est la preuve que cette union fait leur force.


Date de sortie : 21 octobre 2016 sur Stones Throw Records / En écoute sur : Spotify


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Preocuppations • Preocuppations

Il y a un an et demi nous chantions les louanges d’un quatuor baptisé Viet Cong et de son premier album éponyme. Sa réappropriation du post-punk, ses guitares tranchantes comme des lames de rasoir, ses éclairs de lumières mélodiques, ce disque fut pour beaucoup une oeuvre incontournable de l’année 2015. Viet Cong dégageait une profonde noirceur, stridente et abrasive jusque dans l’irrévérence de son nom. Si l’album trouva son public, l’appellation du groupe fut remise en cause par grand nombre de détracteurs, et, après une tournée au quatre coins de la planète, le combo prit la difficile décision d’en changer. Raison invoquée : une dimension chargée d’histoire, trop lourde à assumer. Dans un communiqué publié l’année dernière, la formation s’explique : « Nous ne sommes pas ici pour engendrer de la peine et rappeler aux gens les atrocités du passé ».

Exit Viet Cong, bonjour Preocuppations, nouveau blaze toujours un peu torturé, on ne se refait pas. Si le nom change l’identité initiale du projet reste palpable dans l’intention des morceaux. Une démarche toujours progressive qui cette fois emprunte plus à la cold wave qu’au post-punk. Pour preuve, sur bon nombre de titres, les guitares se font la malle pour laisser place aux synthés glaçants. On citera les notes tourmentées d’ « Anxiety » et de « Degraded » avant de bloquer sur les onze minutes de « Memory » le titre « péplum » de l’album, seul « Stimulation » ravivera les cendres du premier opus. Moins directe à bien des égards que son précédent disque, la formation se réinvente pour le meilleur et impose sa propre atmosphère, sa propre esthétique. Aussi chaleureuse qu’un bunker soviétique.


Date de sortie : 16 septembre 2016 sur Jagjaguwar / En écoute sur : ci-dessus


 

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BADBADNOTGOOD • IV

Depuis plus de 5 ans, Matthew A. Tavares, Chester Hansen et Alexander Sowinski forment Badbadnotgood, trio d’étudiants en musicologie qui n’a jamais su trop choisir entre Rap et Jazz, deux genres heureusement complémentaires. Leur nouvel effort en groupe vient de sortir, panorama.

Les canadiens se sont faits connaître en reprenant des classiques du rap. Lorsque ceux-ci arrangeaient Gucci Mane ou A Tribe Called Quest à leur sauce en 2009, ils ne se doutaient probablement pas qu’ils finiraient en backing band deluxe pour Tyler,  Danny Brown ou Franck Ocean… Leur succès naissant au début des années 2010 fait parler d’eux auprès des plus grandes instances du hip-hop et les propulse en 2015 sur un LP commun avec Ghostface Killah. Ils ne délaissent pas pour autant l’instrumental pur qu’ils déclinent en 4 volets dont le dernier vient tout juste de voir le jour, IV.

Le pari ? Pousser 11 nouvelles pistes pour séduire et ne pas sonner redondant, après 3 volets déjà solidement ficelés. Spoiler : le groupe prouve qu’il en a encore sous le coude avec un défi emporté haut la main. Malgré leur jeune âge, les membres du groupe affichent une culture jazz assez digérée pour s’en réapproprier les codes sans le vulgariser. Ils parviennent également à s’émanciper de Sour Soul qui était un vrai cross over et ne pas reproduire la même formule. Malgré tout, l’album fait apparaître quelques invités issus du Hip-Hop dont un compatriote de haut vol, Kaytranada (sans compter Samuel T. Herring de Future Islands). Le climax du disque est même atteint avec le featuring de Mick Jenkins !

Il s’en dégage un son clair, parfait pour réconcilier les profanes avec le genre qui n’est pas toujours évident. Le peu d’instruments (Saxo, batterie, claviers, basse) favorise des mélodies élaborées et une compréhension accrue des événements musicaux. La culture Jazz et Hip-hop évidente des musiciens ajoute de l’huile dans les rouages et un groove évident accessible à toutes les oreilles, propice aux moments estivaux.  La formule des BadBadNotGood est parfaitement rôdée et commence à laisser une réelle empreinte sur chaque projet, leurs propres disques ou les arrangements pour d’autres artistes. Ce 4ème LP leur crédite une nouvelle réussite et l’on souhaite au groupe de garder sa rigueur.


Date de sortie : 8 juillet 2016 sur Innovative Leisure / En écoute sur : ci-dessus


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La Femme • Mystère

Nul besoin de vous présenter la formation biarrot-parisienne qui sous l’impulsion de plusieurs EP et d’un premier album empli de tubes s’est vu estampiller « fierté pop française » à même de déchainer les passions et de déchirer les conversations. Avec Mystère, La Femme fait le choix d’un album long-format (17 titres) qui passe en review l’ensemble de la pop française des 30 dernières années (pompeux mais pas dénué de vérité).

Se faire un avis définitif sur un tel album est clairement difficile et très surement stupide. Il faut dire qu’entre bravoures yéyé, invasions psychadélico-orientales, hommages velvetiens et clien d’oeil plus qu’appuyés à certains morceaux de leur premier LP, on ne sait trop où donner de la tête et c’est tant mieux. Sans être forcément les sauveurs rock made in bleu blanc rouge que bon nombres de journalistes essaient de nous vendre à base de « groupe générationnel », La Femme balance de sacrés morceaux : « Tatiana », « Al Warda » ou encore « Exorciseur » en tête d’affiche. Si le bât blesse sur quelques quelques envolées non-maîtrisées, « Always The Sun » et un « Psywzook » frustrant, le groupe réussit à nous enfoncer la tête dans le goudron dès les premières notes de « Sphinx », premier titre de l’album d’une maturité et d’une virtuosité déconcertante. Après 5mn d’une telle ampleur, difficile de rester au même niveau plus d’une heure durant mais cela ne fait pas moins de Mystère un bien bel album.


Date de sortie : 2 septembre 2016 sur Barclay/Universal / En écoute sur : ci-dessus


Allah Las Calico Review Album

Allah Las • Calico Review

C’est sur leur troisième album, sorti il y a peu chez Mexican Summer, que les Allah Las ont décidé de se mettre en danger. Il faut dire qu’avec deux premiers LP de grande qualités mais calqués sur un modèle rétro 60’s parfois proche du mimétisme les californiens avaient mis la barre relativement haut dans le conservatisme de classe et qualité.

Avec « Calico Review » les quatre anciens disquaires ne s’inscrivent toujours pas dans une quelconque tendance actuelle mais pondent des mélodies aux teneurs plus pop et légèrement moins abrasives. Les Allah Las prennent confiance dans leur chant et leurs coeurs pour laisser de côté – quelques morceaux seulement – les solos psycho-pop enchanteurs de leurs plus grands tubes. L’effet produit se trouve à cheval entre la surprise presque déceptive de ne trouver aucun single aussi fort que « Catamaran » ou  « Tell Me » et le plaisir d’un album inspiré qui propose une diversité nouvelle à laquelle on prend rapidement goût.


Date de sortie : 09 septembre 2016 sur Mexican Summer / En écoute sur : ci-dessus


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Isaiah Rashad • The Sun’s Tirade

Signé sur Top Dawg Entertainment, soit un des labels hip-hop les plus intéressant du moment (Kendrick Lamar ou encore Schoolboy Q), Isaiah Rashad en est surement un des membres les plus discrets. Cela ne l’a pas empêché de sortir avec The Sun’s Tirade un des grands albums de 2016. En 17 tracks – tout de même – le rappeur du Tennessee coche toutes les cases d’un LP réussi : du featuring au dessus du lot (« Wat’s Wrong » avec Kendrick Lamar ») à l’instru down-tempo au flow aussi lourd que le ciel (« Dressed Like Rappers »).

Là où Isaiah sort de la masse, c’est au niveau du casting qu’il réussit à fédérer autour de lui sans jamais se laisser dépasser par l’ampleur et le talents de ses invités. En plus de Kendrick, sont invités Syd (chanteuse des géniaux The Internet), Jay Rock, SZA et même SiR, producteur qui livre avec « Rosegold » un bel hommage à A Tribe Called Quest en samplant parfaitement « Lyrics To Go ». Un LP au dessus de la mêlé.


Date de sortie : septembre 2016 sur Top Dawg Entertainment / En écoute sur : ci-dessus


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Blood Orange • Freetown Sound

Après les brillants Black Messiah de D’angelo et To Pimp a Butterfly de Kendrick Lamar, Devonté Hynes aka Blood Orange revient avec un nouvel opus intitulé Freetown Sound. Un troisième album déjà, une revendication de l’identité noire américaine, surtout. Sorti en réaction à l’assassinat de Freddie Gray, le disque est une ode à la black culture dans toute sa diversité : textes forts et engagés, Hynes clame sa vision de l’homme qu’il est, avec brio.

Outre son message fort, Freetown Sound détonne, principalement grâce à une production laquée, un vernis donnant au disque une une coloration toute particulière. Qu’on se le dise, la recette s’applique à tout l’album : un groove léché porté par de délicates nappes synthétiques…Le procédé pourrait certes paraitre redondant au premier abord, mais il n’en n’est rien, Freetown Sound regorge de titres efficaces et sensibles à la hauteur des meilleurs faits d’armes de Cupid Deluxe, précédent opus sorti en 2013. On retiendra dans notre escarcelle la douceur des refrains de  » Hands Up », « Chance », ou « Squash Squash », où la funk sucrée de « Désirée » empruntes aux tonalités de Toro y Moi. Le programme est riche, le disque l’est tout autant. Avec Freetown Sound, Devonté Hynes se hisse au rang des artistes afro-américain majeur de la décennie, et non des moindres.


Date de sortie : 28/06/2016 sur Domino / En écoute sur : Spotify


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Whitney • Light Upon The Lake

Formé des cendres de Smith Westerns et de transfuges d’Unknown Mortal Orchestra, Whitney impose un CV taille patron. Mais le septet de Chicago serait-il victime de la malédiction du supergroupe : efficace sur le papier, mais beaucoup moins lorsqu’il s’agit de transformer l’essai ?

L’écoute des 10 titres de « Light upon the Lake » ne peut que prouver le contraire. Après avoir lâché « No Matter Where We Go » , premier morceau il y a un an, Whitney impose aujourd’hui une pop folk veloutée qui puise sa source dans les plus belles racines de l’Americana. Pour meilleures cartes de visites, on citera « No Woman » ouverture acoustique et progressive, la fragile « Light Upon the Lake » ou l’indie country de « Follow ». En trente minutes montre en main, Whitney revisite à sa sauce la roots music américaine , de John Denver à Harry Nilson, en passant par Eliott Smith ou Fleet Foxes. Déjà dans notre best of 2016.


Date de sortie : 03/06/2016 sur Secretly Canadian / En écoute sur : Spotify


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Oddisee • The Odd Tape

A l’image des producteurs majeurs de son époque (9th Wonder ou Apollo Brown pour ne citer qu’eux), Amir Mohamed el Khalifa aka Oddisee développe une carrière en flux tendu. Avec près d’une dizaine d’albums et presque autant de mixtapes, le parcours d’Oddisee se révèle pour le moins pléthorique.

En mai 2016 l’homme revient avec The Odd Tape, enchainement de productions de premier choix emmenées par le cinglant « No Sugar, No Cream » . Soul, Jazzy, électronique parfois, cette nouvelle livraison s’impose irrémédiablement comme une oeuvre majeure du natif de Washington. Et pour cause, à l’heure où les mixtapes « copient carbone » des chefs d’oeuvres bricolés par Madlib et J Dilla sur MPCs prolifèrent sur les internets, Oddisee livre une production au plus proche d’un son live, instrumental dans le premier sens du terme. Pour preuve, The Odd Tape lorgne même vers Roy Ayers ou Lonnie Liston Smith avec des titres XXL tels que « Live from the drawing tape. », « Brea » ou « Born Before Yesterday » . Cinquante cinq minutes d’innovations soul et jazzy à souhait. Un truc assez classe.


Date de sortie : 13/05/2016 sur Mello Music Group / En écoute sur : Bandcamp


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RENDEZ-VOUS • Distance

Attendu de pied ferme suite à un premier EP des plus prometteurs paru en 2014, Rendez-Vous (un groupe qui dit merde au référencement Google) revient avec un nouvel EP intitulé « Distance » dont la sortie est prévue chez le label italien Avant! Records. Si les canaux Bandcamp et Soundcloud sont régulièrement saturés de nouveautés post-punk et cold-wave, le quatuor parisien possède décidément les arguments pour tirer son épingle du jeu. La raison ? Des titres abrasifs et rentre-dedans qui collent aux tympans et que le groupe enfile dans ses EPs comme des Lustucru à un collier lors de la fête des mères. L’ensemble sent le mazout, l’Angleterre industrielle des années 80 et le fond de cave (où Rendez-Vous a d’ailleurs établit son studio). Mention particulière au titre éponyme « Distance » et au pesant « Workout » qui atteint des sommets de noirceur.


Date de sortie : 28/04/2016 sur Avant! / En écoute sur : Bandcamp