Viet Cong Band
Note : note_shadazz_4
Label : Jagjaguwar
Date de sortie : 20 Janvier 2015


Brute et oppressante, la musique de Viet Cong n’est pas foncièrement facile d’accès. La formation est pour autant depuis quelques mois une des plus belles promesses du rock venu de l’autre côté de l’atlantique. Il faut dire que leur « Cassette » sortie sur le toujours excellent label Mexican Summer l’année dernière nous avait laissé augurer un sens aiguisé des mélodies incisives, des rythmes déstructurés et des guitares aiguisées comme des lames de rasoir.

C’est finalement tout ce que l’on retrouve dans cet album éponyme qui ne laisse aucune place au futile avec 7 titres savamment sélectionnés et placés dans un ordre aussi réfléchi que salvateur. Pour nous qui avons à la rédaction un faible pour la pop fine et racée l’exercice Viet Cong ne pouvait se faire en une seule écoute. C’est que l’introduction aux penchants techno à travers ce « Newspaper Spoons » ne laisse place à l’hésitation : Viet Cong ne viendra tenir la main à personne. Une prise de risque assumée et qui fait définitivement la force du groupe.

Là où le dernier Liars nous avait laissé sur le cul sans réellement nous impressionner (nous tairons leurs performances lives) Viet Cong jongle avec le grandiloquent et la violence pour délivrer des titres qui oscillent tour à tour entre le strident du « Venus In Furs » du Velvet et les puits de lumière qu’un clavier incroyablement bien utilisé vient nous foutre en pleine gueule. On pense directement au virage amorcé par les Horrors depuis leur deuxième – et génial – album. Pour autant, plus minimaliste et peut être tout simplement moins ambitieux, les canadiens viennent parfois emprunter des chemins sur lesquels les anglais au look Tim Burtonien ne se sont encore jamais égarés (et c’est bien dommage). Un titre nous vient ici directement à l’esprit, il s’agit de « March Of Progress », troisième morceau et sommet de cet album. Un titre qui se déroule, tout naturellement, sur une construction en 3 temps qui invoque les plus belles heures de Late Of The Pier, le bordel electronico-rock en moins.

Viet Cong propose ainsi un brûlot post-rock punk dans sa construction et terriblement moderne dans ses sonorités riches et incisives. On pourra éventuellement regretter tout au plus un manque de diversité qui s’explique autant par le format court de cet LP que par l’angle d’attaque choisi : direct et sans artifice. Enfin, nous n’avons plus qu’à féliciter Jagjaguwar pour avoir laissé se construire et sortir un tel album. Le label qui a notamment explosé avec Bon Iver et Unknown Mortal Orchestra ne nous avait pas forcément habitué à ce genre de sorties mais c’est un risque et un exercice passés avec brio.