connan mockasin

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Playlist • Cheveux Soyeux (Connan Mockasin & Sam Eastgate)

C’est sous l’alias de Soft Hair que Connan Mockasin et Sam Dust aka LA Priest ont décidé de dévoiler les dessous de plus de 7 ans de triturations pop, éléctroniques et bordéliques. De notre côté, nous en avons profité pour pondre une playlist 100% cheveux soyeux à base de morceaux géniaux de LA Priest, Connan Mockasin, Soft Hair ou encore Late Of The Pier (premier projet de Sam Dust, LA Priest, Sam Eastgate). Musique.

 

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Soft Hair • Lying Has To Stop

Pouvions-nous de manière réaliste rêver d’un meilleur projet que Soft Hair ? LA Priest et Connan Mockasin s’allient pour une aventure à deux qui fait déjà naitre un sacré tube en la présence de « Lying Has To Stop ». On y retrouve sans encombre l’univers de deux des orfèvres les plus doués du game pop actuel. Un album est de plus prévu pour le 28 octobre prochain ; bonheur, calme et volupté.

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Connan Mockasin • Running Out Of Time (Rexy Cover)

En attendant une suite à son fondant dernier album Caramel, Connan Mockasin nous offre une cover de « Running Out Of Time » de Rexy. Bilan : 5 minutes de délicieuse pop spatiale un peu porn, la Saint-Valentin en retard à l’heure de Saturne. Out of time, man…

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Connan Mockasin • Caramel

Une couleur verbale pour le dernier parfum dream pop du label Phantasy Sound : Caramel, le nouvel opus trans-genre de Connan l’androgyne, se joue avec humour des normes d’hygiène de la pop actuelle (album en écoute en fin d’article).

Son premier « coup », parvenu il y a deux ans aux oreilles du Sir Erol Alkan, révélait un univers fœtal de guitares-chorus balbutiantes sur fond de chœurs expirés ; les ritournelles de Forever Dolphin Love touchaient juste, l’une s’évanouissant dans l’autre tandis qu’une prose hallucinée se balançait au creux des vagues…  L’éphèbe de Te Wanga et son cortège de chimères sonores font leur grand retour, plus complexe et plus soul, toujours insaisissable.

Le nouveau-né de Connan plonge à nouveau dans l’atmosphère introspective éprouvée sur Dolphin, dans l’intimité d’une musique encore à l’état de fragments rêvés. Il dit, dans une interview donnée à Phantasy : « Je veux juste capturer la première idée, qui est toujours la plus mystérieuse et séduisante.» Mais la naïveté de ces propos ne rend évidemment pas compte de ce qui fait la singularité du néo-zélandais:  une griffe marquante, un son ondulant dont l’amplitude des variations infiltre le moindre interstice. Entre deux secondes ou deux soupirs, un océan de « petites perceptions » ; le silence peuplé des profondeurs est parfois rompu par de brusques retours à la surface –c’est alors que les dauphins sifflent et que les enfants rient. Les ballades du néo-zélandais se distinguent en fait par cette recherche du « juste assez » que mène habituellement le jazz, le long d’une ligne ouverte à l’improvisation.

En intro s’achève l’épisode de la romance zoophile, avec l’auto-plagiat « Nothing Lasts Forever », remake de la chanson phare « Forever Dolphin Love« . Une page se tourne et le ton est donné, entre poème électronique(1) et sifflements loufoques de dauphin amoureux: celui d’un album méta-, indocile et ludique, (im)purement esthétique.

Ainsi résonnent les deux minutes du gimmick entêtant de « Caramel », qui laisse place dans un déclin nonchalant au premier titre identifiable : « I’m the Man, That will find you » -retour temporaire à la civilisation. Emmené par une boucle asymétrique, la musique procède par trébuchement, reportant sa chute à l’infini ; le chant de Connan suit pendant ce temps les traces d’un « Strawberry Letter 23 »  au pas ralenti par les acides, rejoint sur le refrain par un chœur d’aliens disco-funk.

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La new wave 80’s s’invite massivement sur « Do I make you feel shy », où Mockasin mue subitement et entonne une rengaine à la « True Faith » , aussi gaiement optimiste que la nostalgie du plein emploi ; puis, une fillette sanglote, et Connan apparaît dans un scintillement cristallin : « Why are you crying ? It’s not finished yet… ». Ballade, chœur d’aliens. On parle hors d’haleine, comme un enfant d’un rêve, de ces images fuyantes encore présentes à l’esprit, « et là… », « et puis… » -les son(ge)s se suivent et s’entrelacent.

Des riffs mutants s’élèvent et retombent, quelques bribes de couplet, à peine entamées, s’étranglent… « It’s your body » est la pièce centrale de l’album, corpus sensuel en cinq mouvements conclu par des rires d’enfant et les bégaiements mécaniques d’une choriste nippone, thank you Connan, thank you.

Chanson étrennée en concert il y a moins d’un an aux côtés de Sam Eastgate(2), « I Wanna Roll with You » clôt l’album dans un dernier soupir électronique – sur le couplet, le « Nightcall » de Kavinsky n’est pas loin.

Caramel est un album qui, dans sa dérive, emprunte au hip-hop une forme de vitalisme et ses procédures de répétition –samples et loops, cris, larmes, machines rugissantes (« It’s Your Body3 », dans un style à la NSI(3)). Ses chansons s’amusent avec les références, évoquant l’attitude relationnelle de certains groupe post-punk prônant en leur temps une profanation ludique  du rock des 60-70’s ; je pense aux Slits. Ou, peut-être, plus formellement, la schizo des monstres transformistes du Betty Boop in Snow White de Dave Fleischer (1933)…

A ceux qui regretteront les jolies berceuses de Dolpin, Shadazz conseille de le savourer comme une sucrerie volée à l’étalage -plaisir de la rue, moins cérébral que somatique, nécessairement éphémère…et qui nous laisse sur notre faim- et d’aller voir l‘animal sur scène: on y rit, chante, et danse, il s’assoit parmi nous, change ses textes pour la farce… La musique de Connan Mockasin flirte avec le temps vécu, en studio et in situ.

Profusion de bruits et de sons, plus ou moins confus ou empruntés; substance psyché instable et multiple, à savourer dans la crainte érotique de perdre tout contrôle et d’y laisser des dents ; Caramel se mâche lentement, les yeux fermés.


Notes :
  1. « Poème électronique », de Edgar Varèse, 1958 pour le pavillon Philips de l’expo universelle de Bruxelles
  2. Le frontman de Late of the Pier a accompagné Connan en tournée pendant environ un an.
  3. Non Standard Institute, « Plays Non Standard », 2007 label Sähkö Recordings