Good Morning TV

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Interview • Good Morning TV

En quelques mois, Bérénice Deloire s’est forgée un sérieux curriculum vitae. En enchainant premières parties de bon goût (DIIV, Homeshake…), articles sur une kyrielle de blogs internationaux et la sortie d’un EP des plus prometteurs, son projet Good Morning TV semble lancé sur des rails affutés. Une occasion toute trouvée pour papoter psychédélisme, univers visuel et d’évoquer ensemble bon nombre de références bien nées.

A l’écoute de Good Morning TV, on a vraiment l’impression que tu as une vision esthétique du son, de ses textures. C’est quelque chose d’intentionnel pour toi ?

J’essaie de créer un univers, après, je ne sais pas si c’est véritablement intentionnel. Dans ma manière de composer, je fais vraiment les choses au feeling, comme ça vient. Je ne me pose pas de question sur les harmonies, j’attends simplement de voir si quelque chose se dégage. C’est ce qui fera qu’il en découlera une compo ou pas, je vois direct si quelque chose en sortira.

C’est vrai que tu as commencé par la batterie ?

Oui, j’ai commencé par la batterie quand j’avais six ans, je l’avais eue pour Noël. J’ai ensuite continué avec le piano, c’était mon premier vrai instrument avec de vrais cours de musique, etc. Vers quinze, seize ans, j’ai commencé la guitare et très vite, c’est la composition qui m’a m’intéressé le plus. Après j’ai mis un peu de temps car tu ne composes pas comme ça du jour au lendemain non plus…J’avais un groupe à l’époque, on écoutait des choses comme les White Stripes ou Blood Red Shoes, des trucs comme ça, même Gossip. C’est marrant car ça ne me touche plus trop aujourd’hui.

Ton père a fait aussi pas mal de musique, non ?

Oui, il a joué dans plusieurs groupes mais ils n’ont jamais sorti de disque. C’était assez ancré dans la vague psychédélique des années soixante-dix. Il est hyper fan de Pink Floyd mais je crois qu’ils chantaient en français à l’époque. Ca ressemblait pas mal à Ange, Magma mais ça n’est pas forcément ce que qu’il écoutait quand j’étais petite.

Il écoutait quoi du coup ?

Pleins de choses, d’ailleurs j’ai récupéré quelques uns de ces disques comme Armed Forces d’Elvis Costello que j’aime beaucoup. Il y en a un que j’adore, c’est The Score des Fugees qu’il écoutait en boucle, tout le temps. Je pense que ça a conditionné un peu le léger côté soul du projet qui est quelque chose que je revendique vraiment. J’aime pouvoir mélanger cette soul avec des sons beaucoup plus noisy, ça donne des choses super intéressantes.

A ce niveau, comment tu vois évoluer Good Morning TV ?

Une des choses qui ressort et que l’on nous dit souvent, c’est que l’on fait du psyché… mais je ne l’envisage pas forcément comme ça. Je pense que l’on s’en rapprochera de moins en moins dans le futur, en tout cas pas de façon aussi littérale. Au delà de ça, j’ai envie que nos morceaux racontent des histoires, qu’il s’en dégage des choses un peu bizarres…

Justement, tu revendiques une « Weird Pop ». On sent que derrière cette notion, il y a la volonté de dénaturer, cabosser les morceaux, tout en gardant les velléités mélodiques du départ…

Oui, c’est ça. Par exemple, quand tu prends Connan Mockasin, c’est beaucoup plus psyché que quelqu’un qui se dit dès le départ, « je veux faire un projet psyché », comme Temples par exemple. Je trouve que cela va beaucoup plus loin dans la démarche. A la limite, ça se rapproche plus des Beatles.

En parlant de références, tu cites souvent Broadcast comme quelque chose d’important pour toi…

Il y a plusieurs trucs qui me marquent. D’abord, je trouve que le personnage de Trish Keenan a quelque chose qui me touche beaucoup. C’est dû au fait d’avoir une voix très fragile sur instrus très brutes. Il y a aussi toute une esthétique musicale qui est assez dingue. Mais au delà de ça, il y a de vrais morceaux derrière. Ca n’a jamais été un groupe qui cherchait à faire de l’esthétisme juste pour en faire. A chaque fois, le travail du son sert vraiment la composition. Et c’est ce que j’essaie de faire.

En live, comment cela transparait ?

C’est quelque chose que je veux faire évoluer de manière complémentaire au studio. Je n’aime pas aller à un concert où tu as l’impression d’écouter l’album. Je préfère qu’il y ait une autre énergie, qu’autre chose se passe. Etre plus dans l’émotion au final. Je n’ai pas envie de faire des concerts complètement aseptisés où tout est minuté, ça ne me parle pas. La base du projet, c’est de remettre l’humain au centre de tout… Il y a une dynamique de groupe qui se dégage. J’ai composé les quatre morceaux de l’EP mais aujourd’hui, on compose vraiment à quatre. Donc on est dans une véritable énergie de groupe, je pense que ç’est ce qui va se dégager de plus en plus.

Du clip d’ Ordinary People à la pochette du disque. La notion d’image est aussi prédominante dans GMTV. Comment tu perçois cette partie ?

C’est clairement quelque chose d’important pour le groupe et pour moi. Ce qui m’importe, c’est de proposer quelque chose de singulier, de ne pas forcément suivre les tendances pour suivre les tendances. Il s’agit pas de dire : « on est un groupe à contre courant » parce qu’on est toujours influencé par ce qui nous entoure, mais on essaie de faire les choses sincèrement et de croire dans ce que l’on fait. Quand on a fait le clip d’Ordinary People, on est parti sur de la VHS en rajoutant un grain à l’image pour servir le morceau. L’objectif, c’est de créer quelque chose qui nous ressemble même si c’est avec les moyens du bord

Ces derniers temps, beaucoup parlent d’un renouveau du Shoegaze, de la musique psyché en France. Tu sens qu’un truc se passe ?

Je pense qu’il se passe quelque chose en France, où il y a de plus en plus de bons groupes qui sortent des choses intéressantes. Après, est-ce que l’on peut parler de « scène » en tant que telle ? Je ne sais pas. Mais il y a une volonté de faire quelque chose et de proposer quelque chose de nouveau. On entend de plus en plus parler de groupes français, les gens en écoutent de plus en plus qui rayonnent un peu plus à l’étrange, et c’est super positif.

La suite, ça se passe comment ?

On aimerait beaucoup enregistrer un album. Je pense qu’on a la matière pour le faire et on a vraiment envie de travailler sur un long format. On a déjà pu tester de nouveaux morceaux en version live. D’ailleurs, on a déjà pleins d’idées de productions et d’arrangements !

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Good Morning TV • Ordinary People

Après la courte (mais salvatrice) parenthèse Talkie Walkie, Bérénice Deloire lance son échappée solo avec Good Morning TV  . Les guitares réverbérées et les refrains imparable de cet « Ordinary People »  révèlent à eux seuls une weird pop captivante. On attend de pied ferme un premier EP qui sortira dans les prochains mois sur Requiem pour un Twister (Marble Arch, Forever Pavot, Triptides…).