hiphop

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Oddisee • The Odd Tape

A l’image des producteurs majeurs de son époque (9th Wonder ou Apollo Brown pour ne citer qu’eux), Amir Mohamed el Khalifa aka Oddisee développe une carrière en flux tendu. Avec près d’une dizaine d’albums et presque autant de mixtapes, le parcours d’Oddisee se révèle pour le moins pléthorique.

En mai 2016 l’homme revient avec The Odd Tape, enchainement de productions de premier choix emmenées par le cinglant « No Sugar, No Cream » . Soul, Jazzy, électronique parfois, cette nouvelle livraison s’impose irrémédiablement comme une oeuvre majeure du natif de Washington. Et pour cause, à l’heure où les mixtapes « copient carbone » des chefs d’oeuvres bricolés par Madlib et J Dilla sur MPCs prolifèrent sur les internets, Oddisee livre une production au plus proche d’un son live, instrumental dans le premier sens du terme. Pour preuve, The Odd Tape lorgne même vers Roy Ayers ou Lonnie Liston Smith avec des titres XXL tels que « Live from the drawing tape. », « Brea » ou « Born Before Yesterday » . Cinquante cinq minutes d’innovations soul et jazzy à souhait. Un truc assez classe.

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Chester Watson • Crows and Owls

Dire que Chester Watson n’est pas le plus enjoué du hiphop game est un doux euphémisme. Dire que le garçon est talentueux en va de même. À même pas 20 ans, le kid affole déjà les internets depuis plusieurs années. Sans plan marketing mais avec des instrus qui suintent la moiteur de sa Floride natale, Chester vient de balancer coup sur coup deux morceaux aussi sombres qu’hypnotisant. Mention spéciale au « Crows and Howls » ci-dessus qui rebondie avec virtuosité.

Rejjie Snow

Rejjie Snow • Late Again

Où s’arrêtera t-il ? Quelques jours seulement après un tube en puissance déversé sur soundcloud, le rappeur originaire de Dublin balance une balade à l’instru superbement downtempo et au flow plus lourd que le ciel. « Late Again » s’écoute en boucle.

3 | young thug

03 | Young Thug • Vol au-dessus du lot

Le petit protégé de Birdman et Gucci Mane a littéralement surfé sur 2015 avec une aisance et une liberté déconcertante…

Un album, Barter 6, de très bonne facture avec un titre en guise de doigt d’honneur adressé à Lil’ Wayne. Une mixtape, Slime Season, ultra qualitative. Une ribambelle de tracks synonyme de présence constante sur l’année, culminant avec un feat estival très pop sur l’album de Jamie XX. Des clips à la qualité douteuse, qui sont pourtant devenus une marque de fabrique. Young Thug ne s’est vraiment pas ménagé en 2015, il a littéralement occupé l’espace au point de devenir un sérieux concurrent de Future à l’avenir sur le créneau du cloud rap.

Même si ce jeune de 24 ans originaire d’Atlanta n’a pas encore atteint les sommets, son excentricité, son originalité et sa volonté affichée de repousser les limites et les codes du game font de lui une véritable bouffée d’air frais sur le hip hop. Difficile de dire si « Thuga » se prend réellement au sérieux ou pas, en tous cas il y a clairement en lui une forme de légerté et d’auto-dérision, une attitude quasi-punk qui le distingue du reste : cheveux blonds peroxydés, port ostentatoire de robes et mise en avant d’un côté androgyne totalement assumé. Young Thug vous emmerde, et dans une certaine mesure ça fait du bien sur une année 2015 ou l’intensité de la compétition a parfois été trop pesante.

Si vous ne connaissez pas encore cet ovni, voici une petite sélection de pas moins de 11 titres à ne pas manquer sortis cette année pour le bonhomme. Bon, attention les yeux pour les clips hein, et puis vous noterez sa grande complicité avec le producteur London On Tha Track. Et un dernier conseil, n’oubliez pas de regarder le ciel en 2016…

7 | Action Bronson

07 | Action Bronson est Monsieur Formidable

En 2015, Action Bronson aura délivré un album abouti et riche grâce à un entourage de D.A chevronnés : 40 (producteur de Drake), Alchemist, Statik Selektah, Oh No ou Party Supplies. Une légendaire tournée mondiale s’est ensuivie, une série dédiée à la bouffe l’a mis à l’honneur (Munchies) et David Letterman l’a convié sur le plateau du Late Show. On a également retrouvé le rappeur originaire du Queens se biffer avec GhostFace Killah. L’homme de l’année ? Presque 10 mois après sa sortie, son album Mr Wonderful fait toujours partie de ceux qu’on écoute en boucle avec grand plaisir. Retour en chronique.


Mr WonderfulNote : note_shadazz_4

Label : Atlantique – Vice
Date de sortie : 23 mars 2015


Cuistot de profession, Action Bronson a profité d’un accident de travail pour s’essayer à l’une de ses passions, le rap. De ses propres dires, la cuisine nécessite un travail incalculable pour s’ériger en maître de cette discipline. Pour lui, le rap n’est qu’un jeu. Et un jeu bien trop facile pour ne pas s’y jeter tête baissée et imposer son style. Il lâche donc définitivement les fourneaux pour se consacrer corps et âme à son hobby en s’entourant des bonnes personnes. On retrouve donc à la prod The Alchemist, Statik Selektah, 40 ou Party Supplies qui peuplent ses disques, dont son petit dernier, Mr Wonderful.

Le rappeur backpack développe un côté bi-polaire qui lui permet de toucher une audience large : d’un côté rappeur très technique au flow audacieux et véritable showman avec une vision du métier très personnelle, Bronsolino est doté d’un sens de l’humour inégalable et de lyrics décalés qui tranchent avec la noirceur des ses égaux (GhostFace Killah et Kendrick Lamar pour rester dans l’actualité). Jugez plutôt, la sortie de Mr. Wonderful a été précédée d’un faux documentaire hilarant à son sujet :

À côté de cela, Bam Bam est aussi bien capable de tourner un clip en maison de retraite que d’enfiler un posse avec les pontes du rap new yorkais, de AB Soul à Joey Bada$$. Et ce capital sympathie lui réussit bien puisqu’il fait partie des rares rappers bankables à parfaitement négocier le virage de la mixtape à l’album. Bonsonleski n’est que très rarement décevant. Et quand il l’est, on lui pardonne rapidement. À l’image de ses précédentes sorties, le rappeur de Flushing construit un univers très personnel autour de ses morceaux dans le choix des samples, des instrus, mais aussi dans les illustrations et les clips, dépeignant un univers de bon vivant. Action fait bonne chère, ripaille et ne cache pas son amour pour les femmes et les blunts bien verts.

Mr Wanderful affine toujours plus le monde d’Action Bronson en se donnant pour seule limite l’honnêteté de la démarche et la qualité de la livraison

Attachant, on n’en voudra jamais au performer qu’il est d’interrompre ses concerts pour aller s’acheter du poulet. C’est également le genre d’artistes auquel l’on s’identifie sans problèmes : exit les muscles saillants et les fringues de créateur, Action Bronson arbore barbe rousse prépondérantes, casquettes de Base-Ball et une bedaine encombrante ornée de tatouages. On ne peut s’empêcher d’esquisser une comparaison avec les Beastie Boys qui, en leur temps, ont réunifié 2 scènes qui faisaient mine de s’ignorer : le rock et le rap. Mr. Wonderful joue sur cette corde sensible avec des morceaux quasiment instrumentaux, des sujets accessibles (jalousie, défonce, vice) et des références au rock des 70’s (« Easy Rider », « The Passage »). Action a bel et bien réussi à s’émanciper de la scène cloud rap de la Grosse Pomme à laquelle il a été longtemps rattaché, notamment suite à sa nomination aux XXL Freshmen de 2013 et ses featurings avec le crew A$AP ou Flatbush Zombies, en mélangeant les genres et les couleurs, sans barrières.

Un bon rappeur en 2015 est avant tout un artiste qui sait s’entourer et qui fait les bons choix. Bam Bam assume totalement ce rôle de directeur artistique en créant des ponts et en s’associant avec ceux qui font bouger le rap aux US et à l’étranger (« Batmobile » ft. Joke). Mr Wanderful affine toujours plus le monde d’Action Bronson en se donnant pour seule limite l’honnêteté de la démarche et la qualité de la livraison.

10 | asap-rocky

10 | Quand Rocky rencontre Stewart

La tracklist de AT.LONG.LAST.A$AP, le dernier album de A$AP Rocky sorti cette année, contenait un élément qui attirait forcément l’oeil: « Everyday featuring Rod Stewart, Miguel and Mark Ronson ».

Première remarque : le chanteur de « Da Ya Think I’m Sexy ?«  n’est pas entré en cabine avec A$AP, il ne s’agit que d’un sample de la chanson « In A Broken Dream » de Python Lee Jackson pour laquelle il avait prêté sa voix en 1972.

Deuxième remarque : Mark Ronson co-produit donc ce tube, que la reprise du refrain par Miguel place d’entrée dans la catégorie anthem pop. Ronson n’en est pas à son premier coup de génie, mais il réussi ici à produire un savant mélange d’ingrédients pas évident à mixer, le bridge plus relevé rappé par A$AP au milieu de la chanson nous rappelle d’ailleurs qu’on est sur un album de hiphop. C’est clairement crossover, et ça fonctionne.

Ce genre de titre est le symbole d’une génération MTV dont fait partie Rocky, qui a pu aussi bien écouter The Cure ou Radiohead que le Wu-Tang Clan. Point de péché du purisme hiphop/soul, au contraire, s’il est une chose que le Cloud Rap a bien su faire c’est ouvrir ses portes à des influences plus pop, voire rock, à travers ses nappes planantes. Le Cloud Rap est au Boom Bap ce que la New Wave a pu être au Rock, une évolution tant stylistique que sonore en forme de renouvellement pour un genre musical qui de par son ADN de « sampleur » a tous les jours besoin de puiser ailleurs. Et franchement, ce partage inter-générationnel fait plaisir à voir (à 3’25) :

14 | Kendrick-Lamar

14 | Le couronnement de King Lamar

2015 a élevé Kendrick Lamar au rang de superstar dont on a même plus besoin de faire les présentations. Kendrick n’est plus un rappeur, c’est désormais un artiste iconoclaste à la portée sociale évidente. Il n’y a qu’à voir le clip de « Alright » dont les symboles renvoient forcément au lourd contexte sociétale et inter-communautaire américain. A l’instar de D’Angelo fin 2014, K.dot met les pieds dans le plat et n’a pas peur de porter un poids dont la plupart des rappeurs contemporains souhaitent se débarrasser. C’est l’éternel débat de la responsabilité sociale du rappeur, une affluent du hip hop qui tend à se rétrécir en 2015 et pourtant c’est toujours par là que Kendrick se positionne et se distingue au sommet du game aujourd’hui. C’est son chemin de croix à lui, qu’il présente notamment à travers les références engageantes à 2Pac dans son album.

Kendrick ne veut pas seulement marquer le hip hop, il veut marquer son temps, et il a déjà indéniablement marqué 2015, puisque même Obama cite « How Much A Dollar Cost » comme étant sa chanson préférée de l’année. Nous, on met une pièce qu’en 2016 sa route, croix sur le dos, croisera celle de Drake. En attendant on vous remet notre review du génial « To Pimp A Butterfly » ci-dessous.


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Note : note_shadazz_5

 

Label : Top Dawg Entertainment
Date de sortie : 16 Mars 2015

 


A quoi bon chroniquer un album qui a déjà reçu tous les lauriers? Depuis sa sortie accidentelle une semaine en avance il y a 15 jours, To Pimp A Butterfly est l’objet d’un flot unanime de compliments tant dans la presse spécialisée, que sur les réseaux sociaux. Pourtant TPAB est loin d’être un album commode, sa structure épaisse et l’absence notoire de single formaté pour la radio en font un mouton à cinq pattes en 2015. D’où viennent donc ces éloges? Sont-ce ceux du poisson mort n’osant aller contre la vague de la tendance initiée par son opus précédent good kid, m.A.A.d city? Ou bien est-ce la posture artistique de K.Dot qui a finalement réussi à éduquer et ouvrir les oreilles de son auditoire?

En dépit des critiques dithyrambiques et de la présence de Dr. Dre à la production exécutive, je dois concéder que la première écoute de To Pimp A Butterfly m’a laissé globalement de marbre. Aucune track ne m’ayant agrippé l’oreille au point de vouloir la passer en repeat. Tout ça pour ça ? Mon écoute ayant très certainement été un peu trop dilettante, je décidais alors d’accorder à Kendrick le bénéfice du doute en accompagnant mon écoute d’une cure de Genius pour saisir le sens de sa dense écriture. Grand bien m’en a pris.

Premier constat: To Pimp A Butterfly est une vraie oeuvre où l’ordre des pistes et la structure sont porteurs de sens. K.Dot est un habitué du fait, good kid, m.A.A.d city offrait déjà une trame chronologique riche en story telling, quasi comparable à un film dans lequel une histoire nous serait racontée. TPAB est lui fondé sur un poème récurrent à travers l’album, dont le premier vers « I remember you was conflicted » refait surface à nombreuses reprises. Ce dernier point amène le 2e constat: TPAB est un album à thèmes, où Kendrick nous partage ses doutes et ses questionnement sur sa valeur d’homme, son intégrité d’artiste et les discriminations. Le tout forme un triptyque définissant le plan de l’album : Kendrick en tant qu’artiste, Kendrick en tant que personne et Kendrick en tant que noir aux USA. Pour ces deux raisons To Pimp A Butterfly se distingue déjà des 99% des albums de Hip Hop en nous offrant une vraie oeuvre d’art consistante, un tout cohérent et non pas une simple accumulation de tracks.

[quote]A une époque où les sceptiques se dédouanent constamment de la responsabilité sociale de l’artiste, plaidant le seul entertainment, Kendrick a pris le risque de perdre une partie de son public et placé un album social et quasi-politique au top chart sans aucun bling-bling[/quote]

Kendrick se dévoile au fur et à mesure des pistes à l’instar de son poème dont les vers nous sont révélés un peu plus à chaque réapparition. L’album est globalement plus orchestré que produit, ou du moins on sent directement la voie ouverte au backing band pour le live. On y retrouve un Kendrick aux multiples facettes qui s’amuse toujours autant à varier les voix et les flows, ainsi qu’à agrémenter la tracklist de petites intro et interludes. Bref l’album est dense et nous propose des productions qui oscille entre le Funk et des chansons plus « rappées ». Parmi les funky-groovy, on retiendra l’excellent « Wesley’s Theory » avec George Clinton et Thundercat en introduction, mais aussi le tribal « King Kunta », ainsi que le suave « Institutionalized » qui vient rappeler une fois n’est pas coutume que la Snoop touch est toujours aussi efficace.

Au rayon Hip-Hop, Kendrick nous fait une démo de son immense palette de flows, « U » avec le flow du mec bourré, « It’s Alright » produit par Pharell Williams avec le flow kalachnokov, « Hood Politics » avec le flow et-si-je-rappais-comme-quand-j’étais-ado pour revenir sur la polémique de « Control » et enfin « The Blacker The Berry » pour le flow vénère.

Le chef d’oeuvre de l’album est à trouver du côté de « How Much A Dollar Cost ». Sur une instru évanescente avec une nappe de piano digne d’un Radiohead époque Kid A/Amnesiac, Kendrick nous scande façon spoken words une parabole sur l’humilité et la générosité. Un véritable bijou.

TPAB n’est pas un album à consommer, c’est une oeuvre à creuser dont le sens globale dépasse la somme des 16 parties qui le constituent. Peu importe si aucune track ne ressort réellement du lot, où si une partie du propos ne s’adresse pas directement à moi, la valeur du LP se trouve dans le fait de suivre K.Dot dans son voyage didactique et ses questionnements existentiels pour connaître son rôle à jouer en tant qu’artiste. En guise de point final, « Mortal » vient à son tour questionner l’auditeur sur son rôle à jouer dans tout ça « When the shit hits the fan, is you still a fan? ». Kendrick boucle la boucle en terminant enfin son poème, puis en s’imaginant interviewer Tupac.

Kendrick Lamar nous montre avec D’Angelo (que nous avons chroniqué il y a quelques mois), qu’en ce début 2015 il est possible de faire de la musique consciente et de toucher les masses. Le contexte social américain actuel n’y est certainement pas étranger. A une époque où les sceptiques se dédouanent constamment de la responsabilité sociale de l’artiste, plaidant le seul entertainment, Kendrick a pris le risque de perdre une partie de son public et placé un album social et quasi-politique au top chart sans aucun bling-bling. Il prouve ainsi qu’il est toujours possible de proposer plus que de l’entertainment à travers la musique et d’élever les masses. Booba et Kaaris avaient tort, Tupac n’est pas mort, il a ressuscité à Compton.

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19 | La révélation Loyle Carner

Si il y a fort à parier que l’année 2016 soit celle de l’explosion pour Loyle Carner, 2015 nous aura permis de découvrir tout le talent de ce jeune lad britannique. Alors qu’il se produisait au Midi Festival cette année, nous lui réservions quelques lignes pour présenter le phénomène et faire en même temps un petit focus sur la scène hiphop made in UK.


 

Le hip-hop UK nous fait ces derniers temps un retour remarqué, escaladant la hype par deux versants bien distincts. D’un côté la Grime, remise sur le devant de la scène grand public par le « All Day » de Kanye West, au travers d’artistes iconiques comme Skepta (voir le récent Shutdown). Elle peut toujours compter sur des artistes prolifiques comme Dizzee Rascal. De l’autre côté, on observe une classe de jeunes loups marchant dans les pas d’une orthodoxie Boom Bap plus classique et marquée d’une teinte résolument Soul/Jazz. Un phénomène assez comparable à la récente réminiscence plus tradi d’une partie de la nouvelle école Française, même si contrairement à la France, le Boom Bap n’a jamais été dominant outre-Manche. En effet, le British HipHop s’est toujours imprégné de genres périphériques comme le Garage, le Dub ou encore le Drum & Bass (pour ne citer qu’eux). Des terrains de jeu idéaux pour le « toasting » et la mise en valeur des montées toniques de l’accent Anglais (remember The Streets ?), qui ont pourtant rendus plus difficile son exportation à l’étranger. Le British HipHop n’est resté que trop souvent une exception britannique, à mise à part quelques exceptions – justement -, comme M.I.A. ou le grand Roots Manuva.

Dans la meute, on peut vous citer le jeune Irlandais Rejjie Snow (vous nous excuserez pour l’extension géographique du UK ;) ) dont nous vous parlions récemment, mais aussi Loyle Carner dont le phrasé ne laisse guère de doute quant à la Nationalité, une certitude « A.O.C. » assez comparable à l’écoute de King Krule en somme. Loyle fait partie de ces rappeurs « born sleepy », à l’instar d’un Earl Sweatshirt trahi par ses cernes, dont le timbre monochorde et solennel accentue plus la prononciation mot-à-mot que le flow pur. La piste vocale s’en retrouve donc le plus souvent en retrait par rapport à la production, en phase avec la réserve de l’artiste.

Le petit Carner n’est pas spécialement joyeux, et le dit lui-même dans l’excellent BFG en introduction de son premier EP A Little Late« Everybody says I’m fucking sad, of course I’m fucking sad I miss my dad ». Agé de 20 ans, il a aiguisé sa nostalgie sur des productions plutôt intimistes qui tapissaient la première moitié de l’EP. La 2e beaucoup plus péchue, semblait annoncer une éclaircie et le réveil progressif du Briton. En cette période estivale, Loyle Carter continue sur sa lancée et nous gratifie d’une bonne petite track punchy « Tierney Terrace » (ci-dessus).

Loyle-Carner-pics

28 | Rejjie-Snow

28 | Rejjie Snow fait son tour du monde

Un simple rappel, certes, mais un rappel essentiel, très surement. Cette année, Rejjie Snow a sorti un clip en compagnie de la fille de Vanessa Paradis et du pirate des caraïbes. Mais cette année, Rejjie a surtout lâché son plus gros tube avec ce « All Around The World » parfait de justesse, de flow, de classe et de groove. Un single à tomber par terre qui nous montre 3mn durant, que le lad Irlandais est prêt à nous pondre un sacré album dans les semaines à venir. Teasing de génie en 2015, chef d’oeuvre au long format en 2016 ?

Jay Prince

Jay Prince • AfroPhunk

Familier avec Jay Prince, vous apprécierez à n’en pas douter ce « AfroPhuunk » à la production somnambule et au flow parfaitement en place. Pour les autres, on vous laisse découvrir ce rappeur de Londres, connu pour avoir été sélectionné dans une compilation Soulection et qui s’apprête à son nouvel EP Beautiful Mercy.

Loyle-Carner

Loyle Carner • Ain’t Nothing Changed

Nouveau né sorti tout droit du flow tranquillement posé de l’ami Loyle Carner, ce « Ain’t Nothing Changed » sonne boom bap et se laisse porter par un jeu de cuivre délicat. Le kid britannique continue de balancer son spleen avec classe et précision, on approuve.

Rejjie Snow

Rejjie Snow • Blakkst Skn & She Loves Me

Ça commence maintenant à faire un bon petit bout de temps que le kid d’Irlande, Rejjie Snow nous fait plaisir à chacune de ses sorties. A force d’être sur le luc à chaque nouvelle piste partagée sur soundcloud on se dit que le premier faux pas ne va pas tarder à arriver. Et bien non ! Après un « All Around The World » qui s’est déjà érigé selon nous comme un des gros tubes de 2015, Rejjie nous fait apprécier son registre avec d’un côté un gros single aux accents presque mainstream mais parfaitement maitrisés (« Blakkst Skn » en featuring avec Rae Morris ci-dessus) et de l’autre une ballade jazzy du meilleur effet : « She Loves Me » (ci-dessous).