La Souterraine

Rémi Parson Montauban

Rémi Parson • Montauban (Première)

Si Lino Ventura affirmait qu’« on ne devrait jamais quitter Montauban » dans un célèbre film de Georges Lautner, Rémi Parson, natif de la cité d’Ingres et accent du sud-ouest à couper à l’Opinel, a pour sa part fait le choix de prendre la tangente. Direction l’Angleterre, les rythmes robotiques de l’Hacienda et l’indie-pop à fleur d’épiderme de chez Sarah Records. Branché depuis 10 ans à l’heure de Londres, le frenchie en a profité pour parfaire son concubinage avec la new-wave anglaise, celle des premiers New Order et de The Wake, avant de revenir en grandes pompes (comprenez en Doc Martens bien lustrées) célébrer sa ville d’origine. Une façon comme une autre de boucler la boucle avec la petite ville rose du sud de la France, mais nous y reviendrons.

Retour au printemps 2014. La Souterraine livre la 3ème fournée de ses compilations à double effet Kiss-Cool. Bien entouré entre Aquaserge et Eddy Crampes : « La Tristesse », un tube de bloc-opératoire ciselé par des synthés à la précision de micro-scalpels et porté par un beat de pacemaker sous amphétamines. Rémi Parson revient sur cet épisode: « La Souterraine m’a énormément soutenu dès le départ. Je n’appartiens pas réellement à une « scène » française du fait de mon éloignement mais j’ai pu bénéficier de cette étiquette maintenant bien connue. Cela permet de situer ma musique bien que tous les artistes y soient très différents».

Qu’à cela ne tienne, Rémi Parson dévoilait par la suite les contours de son premier long format Précipitations. Composé à l’aide d’un Casio CZ 230s et de 3 bouts de ficelles, on pouvait y entendre des reliquats de synth-wave française du début des 80’s auréolés d’une écriture déclinant 50 nuances de grisaille londonienne. Les jeunes gens modernes sur lesquels titrait le magazine Actuel en février 1980 trainaient probablement dans les parages lors des prises enregistrées dans l’appartement nord-londonien, et la photo avait ainsi des airs de Daho sous cellophane sortant d’une villégiature au freezer.

Le disque a d’ailleurs reçu un très bon accueil en France mais également hors des frontières : « Les retours de l’étranger sont très positifs. Il existe une vraie sympathie pour la musique chantée en français. Les anglais en particulier y voient une forme de charme et un certain exotisme.» Le produit de ce Précipitations et de ses 9 titres sacrément bien roulés aboutissait ainsi sur un spleen synthétique, glaçant et sublime.

Fort de ce 1er essai à chercher dans le haut du panier des productions françaises synth-pop de ces dernières années, Mr. Parson ne s’est pas contenté de s’installer dans son fauteuil club Chesterfield pour s’allumer une pipe ou se griller des cigarillos. Le londono-montalbanais s’est rapidement remis aux affaires et son nouveau maxi, enregistré en studio à Londres, est ainsi dédié à sa ville natale : « Je ne me suis pas facilité la tâche puisque ces quatre titres sont sur Montauban, de façon monomaniaque. C’est une sorte de militantisme second degré à la fois personnel mais également un peu moqueur de tous ces morceaux qui traitent de grandes villes ou de lieux que les gens ne connaissent pas forcément.» Les synthés stratifiés font place à une new-wave épurée, aux lignes claires et à l’humeur sombre, qui joue de paradoxes : « Ce disque comporte des aspects plus analogiques. Il existe une dichotomie entre le sujet qui peut prêter à rire avec son coté terroir/briques rouges/pêches-et-brugnons, qui s’oppose à la tonalité sombre et froide des sonorités anglaises. »

Ce maxi de 4 titres, sobrement intitulé Montauban, sortira chez Objet Disque le 1er février prochain, en plein cœur de l’hiver, histoire de s’assurer que tout le monde reste bien au frais. Le 1er extrait, clipé, est à découvrir en haut d’article.

Pour la précommande : c’est par ici

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18 | La Souterraine

18 | La Souterraine • Lumière pop dans l’hexagone

En osant la métaphore de derrière les fagots, nous pourrions dire que « La Souterraine » est au paysage musical français ce que l’épicerie fine est au Franprix du coin. Exit donc la pop FM fauchée faisant l’effet d’une pâtisserie mollassone qui colle au palais. Depuis 2014, Benjamin Cashera et Laurent Bajon ferraillent dans les interstices de l’underground francophone afin d’en extraire des artistes dont l’audace s’affranchit de tout formatage. Leur projet « La Souterraine », c’est avant tout des compilations exigeantes et décomplexées aux contours protéiformes, dans lesquelles l’on peut passer sans transition de la pop vaporeuse au synth-punk gratiné.

Le collectif rassemble ainsi sous la bannière «A future french music archeology » de merveilleux laissés pour compte des médias mainstream, dont les noms laissent régulièrement transparaitre toute la douceur de vivre du terroir français (mention spéciale à Savon Tranchant, Pain Noir, Taulard et Le Bâtiment). On ne fera que rappeler que l’on doit déjà à ce mètre-étalon de l’underground national la mise en lumière de La Féline, Laure Briard, Rémi Parson ou Noir Boy George pour ne citer qu’eux.

2015 était pour « La Souterraine » une année au rythme stakhanoviste, avec entre autres 5 nouvelles compilations (dont une escapade canadienne – après celle aux Amériques en 2014), la parution d’une anthologie, une tripotée de concerts à Paris et en province, une place de choix lors du Paris Music Club organisé en Novembre dernier à La Gaieté Lyrique et les découvertes de Requin Chagrin, Marie Mathématique et Alphatra notamment. Pas mal !




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Corridor • Le Voyage Éternel (Full Stream Album)

C’était il y a déjà pratiquement un an ; une reporter infiltrée à Montréal (Shadazz WORLDWIDE et tout et tout, on t’en a déjà parlé, le monde nous appartient faudra t’y faire) nous dressait un joli portrait d’une scène locale florissante et rafraîchissante. Un joli portrait certes, mais surtout un portrait plus que pertinent dans lequel figurait Corridor. Voilà qu’aujourd’hui l’actualité autour du quatuor s’emballe, à raison, avec un premier album – Le Voyage Eternel – disponible depuis quelque temps déjà au Canada mais qui, supporté par les joyeux diggers de La Souterraine, se voit aujourd’hui accompagné d’une sortie française mais surtout d’un libre téléchargement/stream via le bandcamp de ce label/organisation/collectif. L’occasion rêvée donc de se jeter sur ce bel objet qui, on vous l’assure pour avoir vécu l’expérience, revêt qui plus est un intérêt tout particulier en live. Un vrai bon groupe quoi.

cankun

Mixtape #029 • Requin Chagrin

C’est à n’en pas douter une des très belles surprises de l’année 2015. Marion Brunetto et son requin plein d’émotions se sont offerts à nous, et à vous, par la grâce d’un tube – « Adelaïde » – brillant et déterré sur les compilations du collectif La Souterraine. Une histoire franco-française qui nous a fait chavirer, peu de temps après, avec la sortie de 8 titres franchement réussis que vous pouvez écouter par ici. Auteur d’un mini-tour de France en début de mois, le projet à encore beaucoup de choses à nous offrir et surtout une pop aussi sincère que bien foutue.

Finalement, nous n’avons plus qu’à remercier Benjamin de La Souterraine et l’ensemble de la team Requin Chagrin (4 personnes et 8 petites mains ont travaillé sur cette tape) pour cette mixtape qui dépasse allègrement l’heure et vous laisser découvrir et écouter ce bel objet sonore.

Nous suivre sur Soundcloud : par ici.

TRACKLIST

The Stone Roses • I Wanna Be Adored


The Pesos • Heartbeat


Dungen • Franks Katus


The Liminanas • Belmondo


Jacques Dutronc • L’Idole


Taulard • Je Les Suis


Lower Dens • Brains


Froth • Oaxaca


Eraserhead OST • In Heaven


Girls Names • Black Saturday


Adorable • Sunshine Smile


Broken Social Scene • Sentimental X’s


OK Channel • Ulysse


Corridor • Passage Secret


Shimmering Stars • Strangers


The Pixies • The Happening


Baxter Dury • Police


La Peste • Hymen


Marble Arch • Bitter Spring


The Black Tambourines • Tommy


Electrelane • Enter Laughing


The Soft Pack • Extinction


Maston • Messages


Junip • Rope & Summit


+ des morceaux de « Les cages en métal » (Stup Religion – Stupeflip) / La ricotta (P. P. Pasolini) / Irréversible (G. Noé) / Huit et demi (F. Fellini) / Partie de campagne (J. Renoir) / Eraserhead (D. Lynch) / Orange mécanique (S. Kubrick) / Théorème (P. P. Pasolini) / La nuit des morts-vivants (G. A. Romero)

 

Requin Chagrin

Band Of The Week • Requin Chagrin

Requin Chagrin Big

Avec un tel intitulé, on imagine déjà les fondus du commandant Cousteau se pressant au portillon et demandant un ticket d’attente à la guichetière afin d’exposer les mérites du Centrophorus granulosus, requin dont le faciès biaisé donne l’impression d’être passé par la case râpe à légumes. Ce délit de sale gueule vaut à l’animal le surnom de Requin Chagrin, preuve que la mesquinerie est un plat froid qui se mange aussi au fond des océans. La discussion sur le granulosus bouclée arrive le moment d’en placer une, puisqu’à défaut de porter un bonnet rouge parfumé à la mouclade charentaise comme ledit commandant, Marion Brunetto – varoise d’origine – tient la barre d’un ambitieux projet du même nom que le squale disgracieux.

Bricolé dans sa chambre parisienne et exhumé par La Souterraine, le morceau « Adelaïde » présent sur le 5ème volume de la compilation des orpailleurs de l’underground francophone a jeté un premier pavé dans la mare en début d’année. Rebelote en septembre avec la parution d’un 10’’ de 8 titres en version digitale, qui sera disponible en format physique à la fin du mois. La galette sortira sur Objet Disque, label qui a déjà bien balisé le terrain ces derniers temps avec entre autres les albums de Rémi Parson, Chevalrex et Barbagallo (projet solo du batteur d’Aquaserge et Tame Impala).

Marion et ses copains jouent une surf-pop nerveuse passée sous filtre sépia, rappelant l’ambiance californienne des vignettes psyché-folk des premiers White Fence et d’une bonne partie des groupes du catalogue Woodsist. Voix à échos et chant incantatoire donne à ce disque des allures de grande messe où l’aumône est servie à coups de mélodies nostalgiques et psychotoniques. Le bateau du commandant Jacques-Yves tangue bougrement quand arrive « Riviera », vacille avec « Bleu Nuit », avant que ne soit porté le coup de grâce par « Le Chagrin » et son final abrasif qui termine de cramer le tout au lance-flamme. La formule Requin Chagrin fonctionne à merveille et ces 8 morceaux bien troussés sont le témoignage d’un premier essai sans accros. Dernier détail : Marion a 25 ans et déjà un CV épais comme un Mille-feuille puisqu’elle est également batteuse pour Alphatra et Les Guillotines.

Stream du LP ci-dessous et pré-commande vinyle par ici.