The Limiñanas

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The Limiñanas • Malamore

Le label Because Music rééditait il y a un peu plus d’un an la discographie de The Limiñanas, jusqu’alors non-distribuée en France et qui ponçait tranquillement les bacs « export » des bons disquaires indé. Résultat des courses ? L’effet d’une gueule de bois à l’anisette pour ceux qui s’envoyaient pour la première fois les impeccables productions de Mr. et Mme. Liminana, tant celles-ci ont la capacité de laisser sur le séant aussi bien le collectionneur des compiles Back From The Grave que l’amateur de BO de film italien des années 60.

Avec Malamore, leur 5ème album studio, Les Limiñanas arrivent donc (enfin) dans l’hexagone avec un statut à leur mesure. La formule si caractéristique des perpignanais ne bouge pas d’un iota par rapport aux réalisations précédentes et laisse à nouveau planer sur ce disque la douceur euphorisante d’un été méditerranéen au milieu des sixties. Pas vraiment étonnant de la part d’un groupe en pleine possession de ses moyens ayant pris la bonne habitude d’enfourner les pépites à la truelle dans chacun de ses albums. La preuve par trois dans ce Malamore avec « El Beach », « Dahlia Rouge » et la ballade contemplative « Paradise Now », qui s’intégrerait à merveille au final-cut de n’importe quel cinéaste indépendant à la mode. Une nouveauté à signaler au niveau des guests cependant, puisqu’en plus de Pascal Comelade, habitué à collaborer et partager la scène avec le groupe, on retrouve un petit nouveau en la personne de Peter Hook (ex-Joy Division, ex-New Order), qui vient poser sa ligne de basse mancunienne sur la comptine westerno-garage « Garden Of love ». Les Limiñanas ont parcouru un bon bout de chemin en somme.


Date de sortie : 15/04/2016 sur Because / En écoute sur : Spotify


Lire notre focus sur la carrière des Limiñanas

The Limanas

Entre les gouttes • Histoire des Limiñanas

Salvador Dalí tenait la gare de Perpignan comme haut lieu de son inspiration surréaliste. Le peintre de Figueras y voyait même entre deux pensées absconses « le centre cosmique de l’univers ». Pas certain que les trains y arrivent plus à l’heure qu’ailleurs pour autant. Il semble cependant qu’un drôle de karma créatif rayonne toujours dans les parages. C’est en tout cas ce que suggère l’écoute de la musique de Marie et Lionel Liminana, mariés au civil, dont les réalisations garage-pop teintées de psychédélisme font parler (la poudre) dans les chaumières, et ce bien au-delà des bourgades de Catalogne.

Embarqués depuis pas mal d’années dans diverses formations garage, Marie et Lionel, se retrouvent sur la paille lorsqu’une partie des musiciens avec lesquels ils jouent habituellement part tourner à l’étranger pendant plusieurs mois. Pour tuer le temps, autant bidouiller un peu de musique à la maison…et tant qu’à faire l’enregistrer sur le Mac domestique. Marie est au chant et à la batterie, Lionel s’occupe de la guitare, de la basse, des claviers et pose sa voix à l’occasion. Ils s’appelleront Les Limiñanas, d’abord pour la blague (les Ramones, pas frères pour deux sous, ont fait la même après tout) puis pour le clin d’œil à la marque de boisson anisée marseillaise du même nom. Pédale fuzz branchée, le bal s’ouvre à plein badin.

Deux titres (« I’m dead » et « Migas 2000 ») postés dans la nébuleuse MySpace suffiront pour qu’Hozac Records (Jacuzzi Boys, Peoples Temple…), un label indé de Chicago, dégaine aussitôt et propose de sortir un premier 45 tours. Quelques jours plus tard, Trouble In Mind Records (Jacco Gardner, Night Beats…), autre très chic label de Chicago, toque également à la porte pour expédier un single en pressage. Le groupe compose et enregistre de facto deux nouveaux morceaux en deux après-midi : « Je ne suis pas très drogue » et « Berceuse pour Clive ». Double quine et joli panier garni à venir. Nous sommes en 2009, et les premiers titres d’une formation encore à son stade embryonnaire font déjà saliver la frange garage/psyché de l’underground US. La suite ? Un album sur Hozac (Crystal Anis), 2 albums studio (The Limiñanas, Costa Blanc) et une compilation de singles et inédits (I’ve Got Trouble in Mind (7’’ and rare stuff 2009/2014)) sur Trouble In Minds. Une certaine idée du rêve américain en quelque sorte.

La première démo (I’m dead/Migas 2000) sortie sur Hozac Records est d’ailleurs un parfait aperçu du “style Limiñanas” en devenir. Bande son idéale d’un western spaghetti hémoglobiné, « I’m dead » impressionne par sa spontanéité et son évidence mélodique, tandis que « Migas 2000 » plonge son auditoire dans un tube culinaire barré dispensant la recette d’une spécialité espagnole fortement déconseillée en cas de troubles digestifs.

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Pour composer leur tambouille justement, Marie et Lionel ont quelques secrets d’esthètes bien planqués dans le fond de leur panetière. Nourris d’innombrables références aussi recommandables que le garage-punk 60’s, Serge Gainsbourg, Jacqueline Taïeb, le Velvet Underground, Ennio Morricone ou Suicide, les Limiñanas sont parvenus à créer un son identifiable entre mille. Jeu de batterie primitif à la manière d’une Moe Tucker, guitares ultra-fuzzées, lignes de basse prononcées et arrangements sophistiqués donnent corps et tenue à une instrumentation lorgnant vers les 60’s, mais avant tout résolument moderne. L’alternance du chant en français et en anglais, parfois même au sein d’un même morceau, offre de larges fenêtres permettant de révéler tout le relief d’une écriture dont le ton oscille entre Histoire de Melody Nelson et les tubes syphonnés des compilations Wizzz!.

Appliquant parfaitement le cahier des charges Do It Yourself, les Limiñanas enregistrent seuls, au bercail, dans un garage désormais emménagé en studio et invitent régulièrement des copines à tenir le micro sur leurs morceaux (notamment Paula H de J.C. Satàn sur « I miei occhi so i tuoi occhi »), ainsi que de précieuses connaissances venant mettre le nez dans les affaires pour les étapes de mastering.

Non content d’être l’une des formations françaises les plus enthousiasmantes entendues ces dernières années, le groupe dénote également par une trajectoire atypique tenant presque du mystère contemporain. Boosté par un talent hors-norme, une bonne dose de panache et ce « je ne sais quoi » très français qu’affectionnent tant les américains, le groupe est immédiatement adoubé par la critique aux US (le titre « Down Underground » a même été emprunté pour un épisode de la série Gossip Girl) et en Angleterre (participation au Liverpool Psych Festival en 2013), tout en restant calfeutré dans un quasi-anonymat en France.

En 2015, la France semble enfin s’être refilée le tuyau perpignanais avec un album pour la première fois distribué dans l’hexagone : l’instrumental Traité de guitares triolectiques (à l’usage des portugaises ensablées), en collaboration avec l’iconoclaste pianiste catalan Pascal Comelade, sorti en début d’année. Au printemps dernier, le label français Because Music réédite l’ensemble des disques enregistrés entre 2009 et 2014 sous la forme d’une anthologie (« Down Underground – LP’s 2009/2014 ») marquant le premier jalon d’une discographie jusqu’à présent impeccable. L’occasion donc de découvrir ou redécouvrir une flopée de pépites comme « Montain », « My Black Sabbath  », « Votre côté yéyé m’emmerde » ou « Tu es à moi », reprise magistrale et vénéneuse du « I Come » des Troggs, réalisée à l’occasion du Record Store Day 2012.

Elégante, sensuelle, cinématographique et référencée, parfois caustique, la musique des Limiñanas est une preuve supplémentaire que le rock français se porte comme un charme (merci pour lui) et qu’il peut en plus s’exporter sans encombre, bien calé entre un camembert de Normandie et une bouteille de Bourgogne. Dernier exemple en date, Anton Newcombe, pas vraiment né de la dernière pluie, a fait savoir qu’il souhaitait à tout prix bosser avec le groupe. Le gourou du Brian Jonestown Massacre en rajoutait même une couche en répétant à qui veut l’entendre que la formation était sa préférée du moment. On aura connu pire VRP.


« Entre les gouttes • Histoire des Limiñanas » est le premier article d’une série qui, comme son nom le laisse imaginer (entre les gouttes donc), s’attardera sur l’histoire et surtout la musique d’artistes et formations, françaises ou d’ailleurs, encore trop méconnus et que nous souhaitons vous faire découvrir et ce, quelque soit leur époque et surtout leur actualité.