Woods

Woods City

Woods • City Sun Eater in the River of Light

Pléthorique, la carrière de Woods ne manque pas de références. Et pour cause, ce City Sun Eater in the River of Light s’avère déjà le neuvième album de la formation. L’ami Kevin Morby parti tracer sa route en solo, Woods continue d’écrire la sienne. Celle d’un groupe moteur de la vague néo-americana, et créateur d’une folk psychédélique particulièrement soignée. A l’écoute de ce nouvel opus, la recette fonctionne globalement toujours. En témoigne le joli « Morning Light », guitares country et mélodie feutrée, l’Arizona n’est pas loin. Mais si le disque s’avère cohérent dans son ensemble, on regrettera peut être un manque de titres forts à l’image du précédent With Light and Love qui fit décoller pour de bon la carrière du quintette de Brooklyn.


Date de sortie : 08/04/2016 sur Woodsist Records |  En écoute sur : Spotify


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Interview • Kevin Morby

Petit chouchou de la folk américaine, à seulement 27 ans, Kevin Morby a déjà  parcouru plus de chemin que la plupart de ses pairs. La preuve en est : alors que son deuxième album solo est sorti il y a moins d’un an, il annoncait, il y a quelques semaines, la sortie prochaine d’un troisième album chez Dead Oceans et tandis que sa dernière tournée européenne s’achève à peine, il nous promet déjà un retour à Paris en septembre prochain.

Constamment en mouvement dans sa vie comme dans son travail, trimbalant son allure de gendre idéal et sa guitare au gré des rencontres, il n’a de cesse d’écrire une ribambelle de chansons qui forgent petit à petit sa légende et sont en train de l’installer confortablement parmi les grands artistes de sa génération. C’est à l’occasion de son passage à Villette Sonique, fin mai, que nous avons réussi à l’attraper et le faire assoir quelques minutes pour lui poser nos questions.

Comment tu vous présenterais, toi et ta musique, auprès de quelqu’un qui ne t’a jamais écouté?

Je dirais simplement que je m’appelle Kevin Morby, que je viens des Etats-Unis et que je chante et joue de la guitare.

Still Life est sorti il y a 8 mois environ. Tourner et jouer tes albums devant un public change-t-il la vision que tu as de certains morceaux ?

Oui, définitivement. Justement, l’autre jour, je parlais de cela avec Justin, mon batteur, et je lui disais que c’était très difficile pour moi de réécouter mes disques après avoir beaucoup tourné parce qu’à force de les jouer en concert, les morceaux deviennent tellement différents de ce qu’ils étaient à la sortie du studio… Quand je réécoute mes albums, je ne peux pas m’empêcher de tout remettre en question et de me dire « oh, cette partie est trop lente » ou « je joue ce passage tellement mieux, maintenant ». Donc oui, c’est certain, tourner me fait voir mes chansons sous un tout nouveau jour.

Ce qui est totalement différent en Europe, à l’exception de l’Angleterre, c’est que le public correspond beaucoup plus au fantasme que tu as en tête quand tu débutes dans la musique […]

Il paraît que tu as écrit plusieurs morceaux de Still Life quand tu tournais pour Harlem River. Est-ce comme ça que tu préfères travailler? As-tu été aussi inspiré durant cette tournée ?

Oui, j’ai déjà composé plusieurs nouveaux morceaux. Mais j’aime écrire quel que soit le contexte, disons que peu importe ce que je fais, je trouverai toujours un moment pour composer. Simplement, comme je tournais constamment après la sortie d’Harlem River, je n’avais pas vraiment d’autre choix que d’écrire dans ce cadre. Mais même si je prends plusieurs mois de repos, je chercherai et trouverai toujours le temps pour écrire des chansons.

Tu es plutôt du genre hyperactif. En l’espace de quelques années, tu as fait partie de plus de formations et sorti plus d’albums que la plupart des musiciens pendant toute une carrière. Est-ce que rejoindre Woods, puis former The Babies pour finalement te lancer dans une carrière solo était une suite logique et calculée ou as-tu simplement saisi les opportunités qui s’offraient à toi ?

Tout ça m’est juste tombé dessus, vraiment. En fait, dès le départ, mon but a toujours été de sortir des disques sous mon propre nom. Mais tout ça est arrivé sans que j’ai planifié quoi que ce soit : Woods m’ont proposé de les rejoindre alors que je ne m’y attendais pas du tout puis il y a eu The Babies… A l’origine ce n’était pas vraiment sérieux, on a plutôt démarré ce projet comme une blague. Mais après quelques concerts à Brooklyn, on a commencé à recevoir d’autres sollicitations puis l’album est sorti et on s’est lancés dans une tournée qui nous a finalement emmenés jusqu’en Europe. Mais c’est seulement à ce moment-là que le projet a réellement pris de l’ampleur et une existence propre.

Donc oui, je pense qu’on peut dire que les choses se sont passées naturellement pour Woods et The Babies. Mais ces expériences m’ont beaucoup apporté et c’est elles qui m’ont permis de calculer un peu plus les choses pour mon projet solo.

Et maintenant que tu t’es lancé en solo, pourrais-tu t’imaginer rejouer avec The Babies ou même un autre groupe ?

Je pourrais tout à fait envisager de rejouer dans un groupe mais ce ne serait probablement pas The Babies. Peut-être qu’un jour il y aura une reformation, que nous sortirons un nouvel album mais j’en doute. En réalité, j’aimerais bien pouvoir faire partie d’un groupe au sein duquel je jouerais d’un instrument différent et ne chanterais pas, histoire de vivre aussi cette expérience… Je pense que j’aimerais bien devenir batteur, un jour. Non pas que ce soit un projet sérieux pour le moment mais je pense que ça m’éclaterait.

Dans tous les cas, ce qui me plait dans mon projet solo c’est que peu importe ce que je choisis de faire de ma musique, elle sortira sous mon propre nom. Faire partie d’un groupe rend le changement plus délicat : une fois que vous avez choisi une orientation musicale, vous vous retrouvez plus ou moins coincé car les fans acceptent souvent mal le changement. Tandis que jouer en solo vous permet de vous libérer un peu plus de ce carcan, il n’y a pas vraiment de règles.

Tu as joué plusieurs fois en France depuis tes débuts : y a-t-il un événement ou un concert qui t’a marqué ?

Oui, c’est certain ! La dernière fois que je suis venu, et c’était mon premier concert français en solo, je me souviens que le trajet pour arriver à la salle était hyper stressant, d’autant plus qu’il faisait extrêmement chaud.. Et je ne sais pas pourquoi, je m’imaginais qu’on aurait très peu de public ce soir-là… Mais au final, le concert était presque complet, ce qui était juste impensable à ce stade, pour moi, et j’ai vraiment passé un super moment.

Mais il y a aussi eu cette autre fois, la première où je suis venue à Paris. C’était avec Woods, il y a des années de ça. Je ne sais même plus où nous avions joué mais je me souviens très bien qu’on avait acheté une bouteille de vin qu’on est allé boire sur un pont après le concert et c’était vraiment génial. Je me suis vraiment dit que j’aimais cette ville à ce moment-là.

Ton public français et européen, en général, te semble-t-il différent de ton public américain ?

Absolument ! Ce qui est totalement différent en Europe, à l’exception de l’Angleterre, c’est que le public correspond beaucoup plus au fantasme que tu as en tête quand tu débutes dans la musique: les gens sont attentifs, ils connaissent les paroles, etc. Aux Etats-Unis et en Angleterre, c’est comme un jeu : tu as le sentiment que tu dois faire tes preuves pour qu’on te prête enfin une oreille attentive et c’est vraiment épuisant.

Tu as grandi à Kansas City avant de déménager à New-York, ville que tu as quittée il y a peu pour la Californie. Il transparait dans tes chansons que ces changements t’ont affecté et beaucoup inspiré. Est-ce devenu presque vital pour ton art d’être constamment sur le départ ?

C’est peut-être le cas mais c’est difficile à dire car justement, je suis constamment entre deux endroits. J’ignore donc si le fait de m’attarder quelque part pourrait m’être bénéfique ou non.
Et d’une certaine manière, je me rends compte que je n’ai connu que ça car pendant mon enfance, mes parents ont énormément déménagé aussi. C’est assez drôle, d’ailleurs, parce qu’il y a peu, j’ai passé quelques jours chez eux et je me suis fait cette réflexion : leur maison est si grande qu’il y a quatre chambres inoccupées. Et j’ai vécu dans chacune d’entre elles ! Dès que je m’ennuyais d’une chambre, je la quittais pour une autre et, d’une certaine manière, je trouve que ça représente assez bien ce que ma vie est devenue aujourd’hui.

Petit retour en arrière : c’est Patrick O’Dell, qui est plutôt connu pour son travail autour de la scène skateboard californienne, qui a réalisé le clip de « All Of My Life ». C’est un choix qui ne semble pas évident au premier abord, et à fortiori compte tenu du scenario de la vidéo… Pourquoi l’avoir choisi, lui ?

Il a pris pas mal de photos des Babies à l’époque et comme c’est devenu un ami, je l’ai appelé,  tout simplement. Mais effectivement, c’est assez drôle parce qu’au moment de la sortie du clip, beaucoup d’amis sont venus me voir en me disant « c’est incroyable, c’est Patrick O’Dell qui a réalisé ta vidéo ! » et je n’avais pas trop envisagé l’impact que cette collaboration pouvait avoir parce que pour moi, c’est juste mon ami Patrick, je n’avais plus du tout en tête tout ce truc autour de son rôle dans la culture skate.

Pour finir, as-tu quelques nouveautés à nous recommander ?

Ces derniers temps, j’écoute pas mal un groupe qui s’appelle Mega Bog. En fait, c’est le groupe de ma bassiste, Meg, et ils sont vraiment très bons. J’aime aussi beaucoup écouter Kendrick Lamar. Mais en dehors de ça, je me concentre surtout sur des vieux groupes.

Photo by Maria Louceiro

Kevin Morby

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Kevin Morby • Still Life



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Label : Woodsist
Date de sortie : 14 octobre 2014


L’histoire de Kevin Morby n’est pas vraiment singulière mais son déroulement mérite que l’on s’y attarde quelques secondes. C’est que l’ex-bassiste de Woods coulait des jours heureux au sein d’une formation qui, sur un rythme soutenu, réécrivait les plus belles heures de la musique folk du nouveau continent. Pas chose si aisée tant la culture musicale américaine se nourrit depuis de longues années de ses artistes, de ses formations qui passent allègrement d’un songwritting épuré à quelques déluges de riffs électriques et salvateurs (de Bob Dylan à Bruce Springsteen en passant bien entendu par le génialissime Neil Young).

Pourquoi diable quitter un navire en si bon état ? A cette question – qui s’accompagnait d’une autre concernant la qualité d’un groupe privé de l’un de ses élément les plus talentueux – Kevin a tout d’abord apporter une réponse simple et profonde. Celle d’Harlem River, son premier long format en solo qui laissait apparaître des constructions plus brutes et fragiles que ce à quoi la formation de Brooklyn nous avait habitué jusqu’à présent. Comme autre réponse, Woods s’est chargé de nous offrir un superbe album en début d’année. On peut donc parler d’une rupture réussie, processus pas si évident dans le milieu musical moderne.

Bien évidemment,  certaines habitudes ne changent pas d’un projet à l’autre. C’est le cas de l’exceptionnel rythme avec lequel Kevin construit ses productions. Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour trouver un successeur à ce Harlem River. Ce mot, « successeur » est bien souvent accompagné d’un adjectif qui veut habituellement tout et rien dire : « digne ». Très franchement, on ne saura dire si ce Still Life est un « digne » successeur ou non mais une chose est sûre, c’est un grand album. Peut être accompagnés de plus d’artifices et d’une production moins minimaliste, les dix titres de ce second album jouissent d’une fraîcheur nouvelle qui, sublimée par ce voile mélancolique qui fait la force des grands songwritters américains, résonne comme l’écho d’un nouveau chapitre dans la carrière de Monsieur Morby.

Deux morceaux imagent parfaitement les qualités de cet album et de l’écriture du génial américain. Le premier tout d’abord, le morceau d’ouverture. Ce « The Jester, The Tram & The Accro » permet de pleinement entrer dans l’univers construit par l’artiste. A travers une introduction minimaliste, Kevin laisse la place aux mots, au phrasé, il créé de l’espace à ce déluge qui arrive sous un format riche et entêtant de nouveaux instruments et de changements de rythmes. Le deuxième morceau phare est à chercher au cœur de l’album, au niveau de la piste 7 et de ce « Parade » premier single et sommet de ce Still Life et peut être même de l’artiste. Là où le précédent album trouvait son apothéose sur les neuf minutes épurées, brutes et presque chamaniques  d’« Harlem River», « Parade » dévoile un songwriting pas forcément plus ambitieux mais définitivement plus libéré. Kevin Morby convoque cuivres, pianos et guitares pour nous embarquer dans sa parade qui, cinq minutes durant, nous laisse en lévitation. On ne décolle pas au dessus des nuages, non, juste au dessus des maisons, des immeubles, juste assez haut pour sentir le souffle d’une mélodie intemporelle et déjà inscrite dans le panthéon de l’artiste.

On ne vous décrira pas l’ensemble des morceaux mais on vous dira simplement que rien n’est à jeter, rien n’est à oublier. Kevin Morby jongle entre virtuosité et simplicité pour nous emmener dans un paysage terriblement proche du commun mais définitivement assez libre pour nous y transporter juste au dessus, à niveau de flottaison. Un grand album en somme, un deuxième, déjà.

Album en écoute ci-dessous :

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Woods • From Warwick (With Light And) With Love…

Quand « Leaves Like Glass » est sorti il y a trois mois, et que les premières notes du morceau ont résonné hors de mes enceintes, ce fut comme si Bend Beyond n’avait jamais eu de fin, qu’il tournait encore sur ma platine, et que je découvrais alors un titre caché, succédant à « Something Surreal ».

On dit que chaque nouvel album est un éternel recommencement, un travail de longue haleine, permettant aux artistes d’évoluer, de se renouveler et de se connaître un peu mieux à chaque tentative. Un nouvel album c’est une sorte d’introspection pour l’artiste, plus ou moins personnelle et difficile à surmonter, dont l’aboutissement est, aux yeux du public, soit un chef d’œuvre, soit une belle déception…

Et je ne pense pas me tromper en affirmant que de nombreux groupes ont pu décevoir leur fans avec un enième album, sorti comme ça, à la va vite, juste par soucis de laisser une trace dans l’Histoire du Rock . Il aurait pu en être de même de ce With Light And With Love, septième album de Woods, qui paraît aujourd’hui sur le label du groupe, Woodsist. Mais la formation menée par Jeremy Earl nous prouve le contraire et entend bien nous faire comprendre qu’elle est l’exception qui confirme la règle. Plus Woods en fait, et plus c’est bon ; tellement bon que, quoiqu’en dise ses détracteurs, il ne serait pas étonnant de les voir se hisser au  rang de groupe culte avec cet album, qui plus est, est l’un des meilleurs de leur discographie et l’aboutissement d’une époque.

De Brooklyn à Warwick

Une époque qui commence en 2005 quand Jeremy Earl, alors basé à Brooklyn et membre du groupe Meneguar, sort sa première double cassette sous le nom de Woods avec How To Survive In/In the Woods sur Fuckittapes. On y retrouve un ensemble de morceaux acoustiques dans un style Rock traditionnel, peu intéressants et parfois même inaudibles tant le côté lo-fi de l’enregistrement y est présent. Une première tentative sous ce projet solo qui retiendra l’attention de peu de personnes et tombera rapidement dans l’oubli. Mais Jeremy Earl, ne semble pas intéressé par la gloire ou la renommée. Son objectif est beaucoup plus grand et détaché de toute réalité du marché de la musique et de son aspect commercial.

En 2008, il quitte donc Brooklyn et l’agitation citadine pour s’installer à Warwick, petite ville du nord de l’Etat de New York, perdue en pleine forêt. Une sorte de retour à l’état de nature, de coupure avec le monde réel afin de se concentrer sur sa vie et son œuvre. Jeremy Earl y construit dans la foulée un studio d’enregistrement et monte un label qu’il baptise Woodsist. A la manière de Jagjaguwar, Fat Possum ou encore Secretly Canadian, établis eux aussi dans de petites villes perdues au milieu de nul part, Earl crée un son, un univers et une philosophie proche de celle de l’art pour l’art, axée autour de l’expérimentation et du dépassement de soi. Peu de temps après son installation et la sortie de At Rear House, il est rejoint par deux nouveaux membres, Jarvis Tavenier et G. Lucas Crane, et forment à eux trois la Woods Family Creeps. Le trio apparaît alors au grand public avec Songs Of Shame, et développe en parallèle l’activité du label pour en faire, petit à petit, le bastion de la nouvelle scène Indie américaine. Woodsist produit et sort la même année les albums de Vivian Girls, Crystal Stilts, Kurt Vile, Thee Oh Sees, Real Estate ou encore The Fresh & Onlys.

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De l’importance d’être woodsiste…

2010 sera pour Woods l’année du changement, marquée par plusieurs évènements déterminants pour le label et le groupe. Tout d’abord par la première édition du Woodsist Festival organisé à Big Sur, ville de Californie emblématique de la culture Beat. Puis par l’arrivée du jeune Kevin Morby à la basse.  Et enfin par la sortie de At Echo Lake, le premier album de la formation recevant les honneurs de la presse musicale américaine grâce à Pitchfork… Woods devient alors un groupe à suivre, qui cultive le mystère et intrigue quant à son activité musicale poussée au paroxysme de l’expérimentation au fin fond des forêts de l’état de New York. Un statut que Jemery Earl, en figure chamaniste de la scène locale, et ses apôtres maintiennent avec la sortie de Sun And Shades. Le son de Woods gagne en maturité, marqué par la voix falsetto de Jeremy Earl et des guitares aux aux sonorités lo-fi aux frontières de la Pop et du Rock

Des frontières musicales que Jeremy Earl pénètre avec le magnifique Bend Beyond qui sort à l’été 2012. Un sixième album d’une qualité rare sur lequel Woods affirme une dérive vers un style plus Pop, plus accessible, libéré de ce soucis de vouloir être en-dehors de tout format préconçu. Bend Beyond apparaît  comme un album sincère et universel qui démontre le talent de Jeremy Earl. Un album qui, au final, apporte à Woods tout ce qu’il leur manquait jusqu’à maintenant : un tube (« Bend Beyond ») ; un talent pour l’écriture de balades (« It Ain’t Easy » et « Something Surreal ») ; une dose raisonnable d’expérimentation (« Cascades ») ; et une revendication de certaines influences… Woods fait exploser les idées reçues sur sa musique et se hisse au rang de groupes exceptionnels grâce à son style personnel, entre vintage et modernité, dégageant de fortes émotions sur chaque morceau. Le style « Woods » est né…

Crosby, Still, Nash and Woods

Ce style justement, la pierre angulaire de toute l’œuvre de Woods. Il arrivera peut-être que d’ici quinze ou vingt ans, on emploie ce terme en parlant d’un album, ou d’une chanson de la même manière qu’on le fait aujourd’hui avec des groupes dont le style et le son nous rappellent The Smith, Joy Divison, The Rolling Stones et j’en passe… Car With Light And With Love en est si empreigné, qu’il est difficile d’imaginer comment cet album ne pourra pas devenir culte et la touche de Woods, une marque de reconnaissance universelle ou un gage de qualité. Un album assez court, de dix pistes seulement, mais où chaque morceau est si unique. Aristote disait que « le tout est plus que la somme de ses parties ». Cela n’est sans doute pas applicable à la musique, mais il semble pertinent de le souligner avec ce With Light And With Love.

Une ouverture sur « Shepherd » et son duo guitare slide / piano qui nous plonge aux origines du Folk-Rock des années 70 et nous rappelle vaguement « Helpless » de Crosby, Still, Nash and Young. L’influence de Neil Young est d’ailleurs si présente sur cet album, qu’on aurait tendance parfois à croire que Jeremy Earl ait été le disciple de l’artiste canadien. La jam de la seconde partie de « With Light And With Love » réveille en nous les réminiscences du solo de « Down By The River ». Quant à « Full Moon », elle se rapproche de la balade rétro-romantique d’America, « Sister Golden Hair ». « Twin Steps » et son gimmick psychédélique eux, font écho à une version plus Folk du « Panic In Babylone » de The Brian Jonestown Massacre. Entre tous ces titres aux influences imposantes, on trouve quand même un plaisir non dissimulé à se laisser porter par ceux qui n’en ont pas : « Shining », « Moving To The Left », « Only The Lonely » ou bien « Feather Man » balade mélancolique qui vient clore ce With Light And With Love à la manière de « Something Surreal » sur Bend Beyond

Au final Woods nous livre ici plus qu’un simple album, mais une collaboration entière, reflet de ce que la scène Indie américaine a de mieux à nous offrir aujourd’hui et de l’esprit Woodsist. Car en plus des membres initiaux du groupe on retrouve la fougue d’Aaron Neveu à la batterie, l’énergie de Tim Presley de White Fence à la guitare et le génie de Jonathan Rado de Foxygen à l’orgue. Une belle bande de musiciens qui, pour la première depuis la création de Woods, ne s’est pas retrouvée dans le QG de Woodsist pour enregistrer cet album, mais au Gary’s Electric Studio, l’antre d’un autre label majeur de cette scène, Mexican Summer. C’est au final plus un manifeste qu’un simple septième LP que réalise Woods avec ce With Light And With Love.

Le manifeste d’une nouvelle époque qui s’ouvre pour la formation de Jeremy Earl et qui, à la manière de celle qui vient de se clore, durera sans doute pendant les neuf prochaines années. Une époque qui on l’espère, verra Woods rentrer au Panthéon de la culture Rock et pousser encore plus loin les limites d’une scène Indie en pleine effervescence. Une époque qui fera de Jeremy Earl, un artiste reconnu pour son talent et au potentiel de personnalité incontournable de la musique actuelle.

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